09 septembre 2021

Toutes petites histoires

Toutes petites histoires

 

C’est une baguette de pain dans un panier à vélo qui semble rétrécir au fur et à mesure du chemin...

C’est un petit enfant qui enjambe, de rondin en rondin une rivière pullulant de crocodiles pour traverser la route.

Mais ces toutes petites histoires se passent de mots en réalité, elles se savourent en silence, et c’est par leur clarté visuelle qu’elles nous parlent. En trois vignettes sans parole, parfois une seule, Miguel Tanco croque des tranches d’enfance.

Qu’elles soient universelles, incongrues ou tout simplement poétiques, ces petites histoires nous replongent dans la magie de l’enfance, des dessins sur la buée des fenêtres et de l’imaginaire qui surgit à tout moment.

Elles se dégustent dans le sens de notre choix, on peut les dévorer les unes à la suite des autres ou les picorer par ci par là, et parfois même pour le lecteur adulte elles ne se révèlent qu’à la 2ème lecture ! (Le papoose à l’oeil aiguisé lui, ne s’y trompera pas)

Dans un beau format à l’italienne joliment toilé et cartonné, c’est un délectable petit écrin de fantaisie et de poésie.

 

Toutes petites histoires, Miguel Tanco

Grasset jeunesse

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26 août 2021

La vie en rose de Wil

La vie en rose

 

La parution de chaque nouveau roman de Susin Nielsen, c’est un peu comme quand on croque les premières cerises de l’année. L’excitation joyeuse de retrouver une saveur croquante, juteuse et vitaminée, qu’on avait presque oubliée, et qui se rappelle à nos sens à la première bouchée, dès les premières phrases. On plonge dans la subjectivité d’un personnage aussi imparfait qu’attachant, et de là se dessine petit à petit une fresque humaine hétéroclite et fourmillante, un univers dans lequel on s’immerge et qu’on n’a plus envie de quitter.

Wil, c’est Wilbur Alberto Nuñez-Knopf, a.k.a Wank, pour ce crétin de Tyler, le sportif / harceleur / beau gosse autoproclamé du lycée. Dans les romans de Sisin Nielsen, il y a souvent des harceleurs.

Wil, c’est à peu près l’opposé de ça : Pas très beau gosse, confiance en lui inexistante et sensibilité extra-large. Avec pour alliés dans la vie ses deux mamans pas franchement cordons-bleus, son vieux teckel qui a des problèmes chroniques de glandes anales, et son meilleur ami octogénaire et partenaire hebdomadaire d’aquagym, Wil se heurte à la dureté du lycée et la cruauté de Tyler. Un épisode initial de honte au collège a fini d’entamer sérieusement et durablement sa confiance en lui. Cet échange à Paris prévu cette année avec son prof de musique pourrait peut être lui ouvrir de nouveaux horizons… en tout cas, c’est ce qu’espèrent ses proches.

 

Susin Nielsen connaît et maîtrise ses ingrédients clés : des personnages un peu différents, un peu bringuebalants et terriblement attachants, trois cuillérées de fantaisie colorée, une pincée de difficultés voire de tragédies de la vie (quoique ce roman-ci est plus léger de ce côté là que certains de ses précédents), de l’humour et une bonne dose d’humanité, et chaque fois, le tour est joué, en donnant à chaque fois une saveur nouvelle à ses romans.

Peut être parce que je les ai tous lus (et ô combien aimés), c’est vrai que j’ai trouvé dans ce dernier roman des ressorts un peu attendus. Il me semble avoir senti, peut être un peu plus que d’habitude, sa patte de scénariste pour la télé, où toutes les (bonnes) cases sont cochées, tous les éléments disparates s’accordent et le récit s’enchaîne avec drôlerie et émotion comme une mécanique presque trop bien huilée… Mais tout de même, quelle virtuosité ! Quel sens du rythme, et quel talent pour rendre ses personnages magnifiquement imparfaits et incroyablement vivants, pour scruter dans les relations humaines ce qu’elles peuvent avoir de si puissant et de si beau !

 

La vie en rose de Wil, Susin Nielsen

hélium, 2021.

 

  

Si vous n’avez pas encore dévoré TOUTE l’oeuvre de Susin Nielsen, je vous enjoins à vous précipiter chez votre libraire préféré pour vous procurer :

Moi, Ambrose, roi du scrabble

Le journal malgré lui d’Henry K. Larsen

On est tous faits de molécules

Les optimistes meurent en premier

Partis sans laisser d’adresse

 

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22 avril 2021

Souvenirs de Marnie

 On est dans l'Angleterre rurale, dans les années 50 ou 60. C’est l’histoire d’une toute jeune fille jamais tout à fait comme les autres enfants. Est ce parce qu’elle est orpheline et fille unique, qu’elle se sent toujours un peu « au dehors » ?

Si elle est envoyée en train dans le Norfolk par sa tante, pour se changer les idées au bord de la mer, c’est un peu à cause de toutes ces choses, et d’autres. 

« Des choses difficiles à expliquer, trop vagues, trop abstraites. C’était le fait de ne pas vraiment avoir de meilleure amie comme tout le monde, de ne pas vraiment vouloir inviter des camarades à goûter et de ne pas vraiment tenir à être invitée non plus. »

 

Anna est plus à l’aise à observer les autres qu’à interagir. D’ailleurs, au cours de ses balades le long de la crique, elle observe une maison étrange et séduisante, qui l’intrigue et l’attire mystérieusement, comme cette petite fille solitaire qui l’habite.

Au cours d’escapades, Anna se liera avec Marnie, pour nouer une amitié unique, un lien que jamais Anna n’avait connu avec personne. Fantasque, aimante mais toujours énigmatique, Marnie habite Anna tout en lui échappant. Mais c’est en la perdant qu’Anna est amenée à la retrouver, de façon inattendue, tout en découvrant qui elle est elle même. Le récit se fait alors aussi poignant que trépidant, et les lecteur.ices ne sont pas prêts d’oublier Anna, Marnie, les Pegg et toute la famille Lindsay. Les vagues qui balaient la plage de Little Overton semblent encore se briser doucement dans nos oreilles une fois le livre refermé...

 Souvenirs-de-Marnie

La collection Monsieur Toussaint Laventure s’impose comme une référence dans la réédition de qualité de grands classiques jeunesse anglo-saxons. Dans le Tiroir, on avait beaucoup aimé Et c’est comme ça qu’on a décidé de tuer mon oncle, et la somptueuse réédition d’Anne de Green Gables (Anne d’Avonlea est sorti récemment et les suivants sont prévus.) Récits d’enfance délicieusement atemporels, faisant la part belle à des autrices de talents célébrées ou oubliées, dans des traductions soignées : le tout magnifiquement imprimé en Europe sur du beau papier et relié dans des couvertures ouvragées comme des écrins : de quoi combler les bibliophiles.

 

 

Souvenirs de Marnie, Joan G. Robinson

Monsieur Toussaint Louverture. Collection jeunesse « Monsieur Toussaint Laventure », 2021.

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20 octobre 2020

Le casting

 

 

Le casting cover

 

« Vous êtes vous déjà demandé ce que font les personnages d'un livre une fois celui-ci refermé ? »

nous interroge l'avant propos : Sachez, nous informe ce dernier, que les personnages travaillent jour et nuit pour l'auteur, le soutiennent dans son quotidien, l'assistent dans ses tâches des plus bassement matérielles aux plus mondaines. Le ménage dans la tête embrouillée de l'auteur ? C'est eux ! L'organisation et le soutien moral pendant les séances de dédicaces ? C'est encore eux !

Lorsqu'il prend à l'auteur la fantaisie de faire un nouveau livre, par exemple, bah devinez qui s'y colle pour en recruter le héros ? toujours eux, en effet.

Mesdames et messieurs, vous avez aimé visiter Les coulisses du livre jeunesse, découvrez ici un nouveau dessous croustillant de la création littéraire, il nous est donné d'assister au casting.

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Ainsi, le chat le plus bête du monde, le Chevalier de Ventre-à-terre, le singe à de Buffon, Monsieur le lapin blanc et autres figures marquantes de l'univers Bacheletien se réunissent afin de sélectionner le prochain personnage principal, celui qui portera haut les couleurs (chamarrées) et l'esprit (irrévérentieux) de son auteur.

Se succèdent des candidats aux profils variés et plus ou moins adaptés. Le jury doit aussi faire face à certaines pressions, voire intimidations, quand ce n'est pas carrément des tentatives de corruption. Bachelet multiplie les clins d'oeil malins à la littérature jeunesse, les références méta-littéraire et les touches d'auto-dérision. Toujours cette distance texte-image, ce décalage qui crée le rire. L'humour se prête à différents niveaux de lecture qui feront mouche avec les enfants comme les parents (un peu de culture Bacheletienne est un pré-requis).

Bref, une bonne poilade !

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Le Casting, Gilles Bachelet

Seuil jeunesse, 2019.

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05 octobre 2020

Anne de Green Gables

Anne de Green Gables

Île du prince Edouard, Canada, à l'aube du XXème siècle.

Lorsque Matthew et Marilla Cuthbert décident d'accueillir à leur ferme un jeune garçon pour leur prêter main forte, leur voisine Rachel, qui ne se prive jamais de faire partager son avis, ne se gêne pas pour leur faire part de ses réticences.

Matthew est un homme de peu de mots. Ceux de Marilla sont choisis. Leur vie est réglée, et sans chichis. Leurs choix sont sûrs et réfléchis. Ils n'ont pas de temps pour les blablas ou les tergiversations, et ne sont pas du genre à laisser quelques commérages les faire dévier de leur chemin.

Mais s'ils pouvaient s'attendre à ce que l'arrivée d'un enfant à la ferme change quelque peu leur quotidien, ils étaient loin de se douter de l'ampleur des surprises…

Les trois premiers chapitres sont malicieusement intitulés d'après l'étonnement de chacun des personnages.

A la place du garçon attendu, c'est une fillette frêle, à la langue bien pendue qui attend Matthew à la gare. Anne, qui préférerait se faire appeler Cordelia déboule à la ferme, en ayant rebaptisé les lieux sur le chemin. Ainsi l'avenue aux pommiers devient « le chemin blanc des délices » et l'étang « le lac scintillant ». Car Anne – Cordelia dans ses rêves romanesques – orpheline qui se réfugie dans les lectures et la magie des mots, a cette propension à réenchanter le quotidien, à le repeindre aux couleurs de son imaginaire. Drôle de grenouille à grande bouche, fillette en proie à des sentiments violents, débordante d'imagination et de fantaisie, terriblement attachante, Anne va bousculer, parfois dans les cris, de plus rares fois dans les larmes, les jours paisibles de Matthew et Marilla et grandir.

 

Remarquable – et attendue-- nouvelle traduction par Hélène Charrier de ce classique anglo-saxon de la littérature jeunesse de Lucy Maud Montgomery. Cette dernière, orpheline, a été recueillie par ses grand-parents sur l'Île du prince Edouard, dont la beauté l'habitera toute sa vie et qui sert de décor à Anne de Green Gables. Mention spéciale pour la beauté du volume édité dans l'excellente collection jeunesse "Monsieur Toussaint Laventure" de Monsieur Toussaint Louverture. De la reliure à la qualité du papier en passant par la sublime illustration de couverture : Anne de Green Gables est un livre magnifique jusqu'au bout des pages.

Le charme sauvage de la vie rurale au Canada à l'aube du XXè enveloppe le récit de couleurs somptueuses, mais c'est l'initiation d'Anne, son imaginaire enfantin, sa quête insatiable d'affection, les liens d'attachement, d'amour et d'amitié qu'elle crée qui font la moelle de ce roman indémodable, aussi émouvant que réjouissant . Les personnages y sont remarquablement bien campés, face à leurs doutes, leurs erreurs, magnifiquement humains. C'est aussi la réflexion d'une petite fille devenue adulte sur l'éducation d'un enfant, celle qu'elle aurait peut être désespérément voulu.

 

Anne de Green Gables, Lucy Maud Montgomery

Monsieur Toussaint l'Ouverture- Collection Monsieur Toussaint Laventure. 2020

 

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21 février 2020

Louise ou l'enfance de Bigoudi

Louise ou l-enfance

 

C'est une petite fille qui grandit dans les vertes prairies, joue avec les cailloux ou les fourmis à l'ombre des arbres, et qui un jour déménage à la grande ville.

Louise country

Louise city


Soudain tout est gris, froid, bruyant. Louise, puisque c'est son nom, broie du noir et ronge son frein. Jusqu'à cette dispute à l'école avec une autre petite fille, une petite fille de la grande ville.
Puis de cette dispute nait une amitié faite de moments de complicité, de pop-corn à partager, de comédies musicales dans le cinéma de quartier (on est dans les années 60) et de danse au son de la trompette endiablée le soir, sur les balcons là-haut.
Ceux qui ont lu et aimé Bigoudi reconnaîtront avec joie la vieille New-Yorkaise délurée, bien des années auparavant. Comme dans l'album précédent mais à travers une autre thématique, il y est question de perte (ici celle de la nature des origines, d'une certaine idée de la joie et de l'innocence). Une perte à surmonter pour faire d'autres découvertes, parfois douloureuses mais ô combien enrichissantes. L'amitié est encore au coeur de cette histoire, mâtinée de légèreté et de l'ivresse d'un horizon infini.
Comme dans le premier opus, encore, Delphine Perret et Sébastien Mourrain esquissent du bout de leurs plume et crayons magiques un hymne à la ville trépidante, palpitante, fourmillante de vie et de rencontres qui nourrissent.
On salue au passage le superbe travail d'illustration, dans ces planches qui se substituent parfois au texte avec beaucoup d'éloquence. Sébastien Mourrain, après Chez moi, explore à nouveau les paysages et les décors qui font le chez-soi. Ses planches n'ont pas leur pareille pour dépeindre l'ambiance de cette ville unique et multiple, dans toute sa froideur comme dans sa pulsation vitale et bouillonnante

Louise facade

 

Louise ou l'enfance de Bigoudi, Delphine Perret et Sébastien Mourrain.
Les fourmis rouges, 2020.

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05 novembre 2019

Les Vermeilles

Les vermeilles

 

Impossible de passer à côté de sa couverture chatoyante sur le présentoir de la librairie. On a envie de se noyer dans ce paysage boisé et vaporeux, moitié rêvé, aux couleurs sucrées. Youpi ! Revoilà Camille Jourdy ! La très talentueuse autrice du remarqué Rosalie Blum et du non moins excellent Juliette revient ! Joie :  les jeunes lecteurs pourront en profiter aussi, puisque c'est du côté de l'imaginaire de l'enfance qu'elle va cette fois tremper ses pinceaux.

En camping avec sa famille recomposée, la petite Jo s'éloigne pour s'aventurer dans les bois. Et vous ne le croirez peut être pas, mais au cours de sa balade sylvestre, voilà qu'elle tombe sur d'étonnantes petites créatures qui ressembleraient à s'y méprendre à des lutins.

 

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Sans se formaliser de leur côté mal embouché, elle décide de les suivre au delà d'un tunnel qui lui révèle un monde merveilleux, peuplé d'êtres aussi surprenants qu'attachants, qui préparent une opération sauvetage de prisonniers au palais d'un matou tyran et terrifiant. Malgré leur malin stratagème, on ne peut pas dire que le plan de notre fine équipe se déroule sans accroc, et Jo et ses nouveaux amis auront à affronter bien des péripéties avant que l'intrigue se dénoue, et que la fillette reprenne le chemin du tunnel qui la ramènera au camping familial.

En empruntant le procédé de la porte secrète – ici le tunnel-- vers un monde imaginaire merveilleux, Camille Jourdy inscrit ses Vermeilles dans une tradition littéraire apparentée aux contes, et ne renie pas les classiques, d'Alice au pays des merveilles à Peter Pan, auxquels elle multiplie les clins d'oeil. Mais c'est dans sa forme de prédilection, la bande dessinée, et avec une inventivité sans cesse renouvelée qu'elle opère, emportant ses lecteurs dans une histoire fantaisiste, drôle et parfois inquiétante comme l'imaginaire de l'enfance. On y croise des personnages farfelus, un méchant terrifiant, des jeux de mots rigolos et des scènes burlesques. C'est avec une grâce sans pareille qu'elle fait voltiger ses personnages de situations absurdes et infiniment drôles à des passages oniriques, d'une beauté singulière. La délicatesse du trait et le  beau travail sur les couleurs participent de la beauté graphique de cet album. A celà s'ajoutent des dialogues pétillants, et une imagination féconde, qui convergent dans un univers unique aussi étrange que fabuleux. En un mot, vermeilleux.

"C'est l'histoire d'une colère assagie, d'une enfant qui grandit..." fredonne l'une des personnages à la fin de l'aventure. Et c'est les yeux embués et le coeur encore gros qu'on accompagne Jo sur le retour dans le réel, dans la lumière mauve du crépuscule, dans un épilogue magnifique, d'une puissance visuelle cinématographique.

 

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Les Vermeilles, Camille Jourdy
Actes Sud BD. 2019

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06 août 2019

Et c'est comme ça qu'on a décidé de tuer mon oncle

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Il faut s'imaginer une île, comme dans tout excellent récit d'aventure. Une île verdoyante, au large de la Colombie Britannique. Deux enfants moyennement enthousiastes, Christie et Barnaby, débarqués pour les vacances d'été. Le charme désuet de la société d'après guerre, dans une île reculée, entre la sauvagerie d'un environnement qui peut vite se révéler hostile, et la civilisation à l'anglaise dans toute sa délicatesse.

Il y est question des grandes vacances d'été, de la langueur des longs après-midis au soleil. De l'ennui et des bêtises, quand les camarades de jeux se réduisent à une seule fillette au mauvais caractère/un seul garnement turbulent.

Alors, il faudra bien faire alliance, et lorsque débarque l'oncle machiavélique de Barnaby, celle-ci est scellée : l'ennemi est redoutable, fourbe, cruel. Il veut la peau de Barnaby, comme il a déjà eu celle d'autres avant lui. Et la conclusion des enfants est formelle : la seule façon de lui échapper, c'est de l'éliminer en premier.

C'est un roman bien surprenant, délicieusement bien écrit, avec une galerie de personnages bien croqués et des passages d'une noirceur inattendue sous le vernis d'une narration pleine d'humour. Certains passages donnent réellement des sueurs froides, quand d'autres sont d'un comique irrésistible. On s'acclimate à cette île, et on s'attache peu à peu à ses habitants vieillissants, quelque peu bousculés par les facéties des deux polissons. Puis on est emportés par le souffle romanesque du récit, et ses sombres péripéties.

C'est le deuxième titre paru dans la collection Monsieur Toussaint Laventure, collection jeunesse de la maison d'éditions iconoclaste Monsieur Toussaint Louverture. Ce récit de Rohan O'Grady date de 1963, et était jusqu'alors inédit en France. C'est Eward Gorey qui signe l'illustration de couverture, son univers sombre et fantastique en écho parfait au texte épatant de Rohan O'Grady, dont je brûle à présent de découvrir les deux autres romans. Un vrai trésor enfin redécouvert.

 

Et c'est comme ça qu'on a décidé de tuer mon oncle, Rohan O'Grady

Monsieur Toussaint Louverture – Collection Monsieur Toussaint Laventure, 2019.

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25 avril 2019

Comment j'ai raté ma vie

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Comment j'ai raté ma vie (mode d'emploi ?) Le titre promet un peu de sarcasme... et quand on tombe sur une citation de Jacques Séguala en exergue, on se dit qu'on va se marrer, forcément. Que ce joli petit album si chic, noir et blanc élégant, mise en page classique ne peut pas se prendre au sérieux.

Et pourtant :

Comment réussir sa vie ? Ou comment la rater ?

C'est à cette question existentielle, philosophique, des plus sérieuses assurément, qu'on s'atelle à répondre ici.

Oh, pas de grands discours, pas d'envolées lyriques. Pas plus d'une ligne de texte, un seul mot parfois. Et une illustration en face. Texte et image se répondent, et c'est de leur décalage qu'émerge le sens. Quitte à décontenancer parfois le lecteur.

Sourire et tendresse, d'abord, devant la dissonance légère dans le récit d'enfance, le petit pas de côté de texte par rapport aux illustrations.

Perplexité, ensuite, devant ce qui semble à première vue une inadéquation totale. Puis à mesure que la rupture se confirme, et semble se creuser entre texte et image, on comprend. Le dialogue texte/image fait sens, on saisit l'essence du propos.

C'est drôle, acide et bien mené. Emouvant, très certainement et le pincement au coeur se fait de plus en plus mordant. On croit retrouver, en filigrane tout au long de l'histoire, puis plus clairement au détour de quelques pages, un chaleureux hommage à L'Arbre généreux, ce classique merveilleux.

Quelle intelligence, quelle justesse, avec une pointe de noirceur certes, mais qui fait mouche ! A lire et à faire lire, y compris (et surtout) aux plus grands. Ne ratez pas vos vies, ne passez pas à côté !

 

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Comment j'ai raté ma vie, Bertrand Santini et Bertrand Gatignol.

Grasset Jeunesse. 2019

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04 avril 2019

Partis sans laisser d'adresse

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Commissariat de police de Vancouver, le 27 novembre, midi cinq. C'est au cours de son premier interrogatoire qu'on fait la connaissance de Felix Knutsson. La situation est critique. Mais ce n'est qu'au bout de plusieurs chapitres qu'on saura comment il en est arrivé là.

Felix a bientôt 13 ans, une adorable gerbille prénommée Horacio en hommage au présentateur de son jeu télévisé culte : Qui, Que, Quoi, Quand ? A force de regarder cette émission, il a d'ailleurs développé une aptitude particulière (ou peut être l'a-t-il toujours eue ?) à retenir des tas d'informations : les sites classés au patrimoine de l'Unesco, le nom des empereurs Romains, les inventions françaises les plus dingues. Felix vit avec sa mère (un peu défaillante, un peu instable, mais aimante) dans un combi Volkswagen, de façon "temporaire", le temps qu'elle retrouve un emploi stable. Au collège, il est entouré de son super copain d'enfance, Dylan, et de Winnie, une première de la classe un peu énervante et autoritaire, et pourtant de plus en plus sympathique. Jusqu'ici tout va bien. Sauf que sa mère ne retrouve pas de travail, et que l'hiver arrivant, il fait de plus en plus froid dans le combi.

C'est toujours une joie de se plonger dans les romans de Susin Nielsen, au plus près de ses personnages irrésistibles et du marasme de leurs vies. Elle fait tomber ici un des sujets quasi tabous de la littérature jeunesse : la grande précarité. Sujet délicat s'il en est, et c'est avec brio qu'elle mène son récit, évitant habilement les écueils prévisibles. Felix est pauvre, il vit dans des conditions très inconfortables qui rendent sa vie quotidienne pénible. Maintenir un semblant d'hygiène requiert une planification compliquée, trouver des toilettes est une préoccupation de tous les jours. Avec sa mère, ils ont développé l'art de la débrouillardise (une qualité qui sert pas mal, dans la vie). Malgré tout, il souffre de la faim, de l'exiguité, de la fatigue. Aucun misérabilisme, mais le problème de la pauvreté n'est pas évacué ni noyé sous une overdose de bons sentiments. C'est avec beaucoup de justesse et d'optimisme que le récit embrasse cette situation.

C'est toujours en eux, grâce aux liens qu'ils tissent avec les autres, que les personnages de Nielsen trouvent les ressources et la résilience. L'entraide est un ressort puissant, à travers l'amitié mais aussi à travers tous les liens sociaux qui se construisent chaque jour, de façon durable ou anecdotique. Aucun personnage n'est parfait, mais tous sont profondément humains, avec leurs failles, leurs fragilités, mais aussi leur richesse propre et leur générosité. Et c'est l'écoute, le respect, la confiance qu'ils se donnent, les uns aux autres, qui les rends fort. C'est avec beaucoup de tendresse que Susin Nielsen croque ses personnages, les fait se rencontrer et nous fait retrouver ceux de ses livres précédents, ajoutant roman après roman de nouvelles têtes et de nouvelles couleurs sur sa grande fresque du Vancouver contemporain, fictif mais incroyablement vivant.

Ajoutons des dialogues souvent truculents, un sens certain de la dramaturgie, de l'humour, et voilà un 6ème roman au cordeau, qui émeut autant qu'il réjouit, et donne envie, à l'instar de Felix, de croire en les autres et d'être généreux.

 

A lire aussi : Le Journal malgré lui d'Henry K. LarsenOn est tous faits de molécules, Les optimistes meurent en premier.

 

Partis sans laisser d'adresse, Susin Nielsen.

Editions hélium. 2019.

 

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