15 janvier 2018

La tribu qui pue

TribuQuiPue

 

Les as-tu vus, tout menus, courir tout nus,  ?

Qui ça ? Mais les enfants de la tribu qui pue ! Ils vivent dans les bois, de l'autre côté de la montagne des Grands Pins. Ils ont un chouette campement, comme une joyeuse colo sans animateur, une retraite hippie sans la marijuana, une ZAD en plus insouciante. Une petite communauté de mioches, débrouillards et rigolos, qui n'ont besoin ni d'adultes, ni de douche, ni de vêtements, ni d'école. Ils savent faire du feu, pêcher et cueillir des baies dans la forêt, et ils apprennent à lire sur les paquets de chips laissés dans la nature par ces imbéciles de villageois. Ils ne se lavent pas, d'où leur surnom, mais qui ça dérange, quand on vit dans la forêt ? Les renards, couleuvres et autres animaux amis ne se soucient guère de leurs odeurs de pied.

Ils ont une chef, Fanette, une toute petite fille, qui jadis les a sauvés des griffes récurées de la dangereuse Yvonne Carré. Yvonne Carré est une vieille dame obsédée de la propreté qui ne rêve que de passer la Tribu qui pue à la douche, leur couper les ongles et les enfermer dans un orphelinat pour leur apprendre les bonnes manières.

Mais quel régal que cet album drôle et irrévérencieux ! Quel vent de liberté souffle dans les cheveux ébourrifés de la Tribu qui pue ! Quand la malicieuse Elise Gravel (qu'on adore) unit son talent à celui de Magali Le Huche, qui n'est pas la dernière à nous faire nous poiler, c'est un concentré de légèreté et d'espièglerie. Il en nait un album déjanté, qui se transforme quand ça lui plait en BD.

La narration, qui prend le lecteur à témoin, nous entraine à la suite de cette joyeuse ribambelle de gamins dont on se sent immédiatement complice. L'alternance entre la voix narrative et les dialogues truculents dans des bulles apporte une énergie pétillante à l'aventure qui ne manque déjà pas de piment.

On se régale du charme des personnages, à commencer par l'intrépide Fanette, une mini-héroïne aussi maligne que courageuse. Yvonne Carré vaut aussi son pesant de nez crottés, en psycho-rigide de l'hygiène prête à déployer les stratagèmes les plus abjects pour nettoyer les garnements jusqu'au dernier doigt de pied.

Enfin, on respire à pleins poumons ce parfum de résistance et de liberté, cette énergie militante qui ne prend pas du tout au sérieux. Et ça donne du peps !

 

 

La Tribu qui pue, Elise Gravel et Magali Le Huche

Les fourmis rouges. 2017.

 

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09 janvier 2018

La famille souris et le potiron

famille souris potiron

 

Oui, bien sûr, on pourrait reprocher des choses aux albums de la famille souris. C'est vrai que la répartition des tâches y est des plus traditionnelles, avec souvent maman et grand-mère au fourneau, papa et grand-père aux tâches plus physiques et extérieures. Plus discutable encore, les garçons de la fratrie ont des prénoms, et pas les filles. Ce détail n'avait pas manqué d'interpeler les papooses, assez vite (et avant même qu'on ait eu des discussions sur l'égalité homme-femme). Ce qui prouve bien qu'il est plus utile de proposer aux enfants des lectures variées et d'en discuter que de boycotter systématiquement les albums véhiculant des stéréotypes sexistes. Nous en avions déjà discuté ici, le but n'est pas de priver les enfants de toute une partie du patrimoine culturel, mais plutôt de les rendre capable de questionner, d'avoir un regard critique : d'éveiller leur intelligence et aiguiser leur regard.

 

Ces quelques observations entendues, j'avoue sans honte mon amour pour la famille souris. Leurs adorables bouilles me font craquer, leur maison arbre est l'objet de mes plus vieux fantasmes, j'aime me perdre dans la beauté et la verdure de la nature environnante, à laquelle les pinceaux de Kazuo Iwamura rendent un hommage des plus flatteurs, je me pâme de ces planches d'aquarelle, de l'infinie douceur de leurs dégradés de verts, de bleus, de dorés. J'éprouve un bien-être déraisonnable en observant les détails des scènes, à l'extérieur comme à l'intérieur, les bouilloires fumantes, les bougies coulantes et la vaisselle en bambou me donne envie d'aller me blottir dans leur cuisine. Quant à la nature à hauteur de souris, les insectes magnifiques, les feuilles gigantesques et paysages minuscules rendus grandioses me font tourner la tête.

Cet hiver, on a re-re-re-re-relu La famille souris et le potiron, après avoir mangé la soupe de potiron, potirons récoltés à l'automne dans le jardin de mes parents où l'été dernier ils grossissaient et doraient à l'ombre de leurs immenses feuilles. (Oui, même si mes parents ne vivent pas dans une maison arbre, à mon grand regret, il y a le feu de bois, la nature, les saisons, le jardin, et une sorte d'harmonie famille-souriesque)

L'histoire commence dans la chaleur du logis, à la grande table de la cuisine, où les enfants souris dessinent à la lueur de la bougie tandis que maman lit et que grand-mère souris reprise les vêtements des petits (eh oui... bon). Grand père sort d'une boîte une graine de potiron, et annonce fièrement que c'est une étincelle de vie, et qu'ils vont tous la planter ensemble. La suite, évidemment, vous pouvez la deviner, on sarcle, on bêche, on plante la graine. Il faut attendre, elle germe, il faut protéger la jeune pousse des petites bêtes gourmandes. Il y a de minuscules péripéties, des visiteurs qu'on n'avait pas invités. Il y a la pluie, le vent, les coccinelles, il y a l'attente, le rythme de saisons, et pas de grosse surprise ni de retournement de situation, mais tout sonne juste, tout est beau, chaque moment est délicieux. Il y a un respect de la nature, et du vivant, une harmonie dans l'organisation du travail où tout le monde coopère. De la joie et de l'amour dans cet échange avec la terre, qui est plus une collaboration qu'une exploitation. Puis vient le moment de la récolte, point culminant de l'aventure. Et la récolte d'un potiron, quand on est des petites souris, ce n'est pas une mince affaire : on n'est pas trop de quatorze ! Il faut des pelles, des pioches, de gros paniers qu'on se relaie pour porter jusqu'à la maison. Puis enfin, digne d'un festin des gaulois sous les étoiles, la dîner familial autour de la grande table, chargée de mets appétissants à base de potiron : tarte croustillante, croquettes fondantes, soupe brûlante...

““Plus une belle réserve de graines !” se félicite Grand-père.

 

famille souris potiron maison

La famille souris et le potiron, Kazuo Iwamura

L'école des loisirs. 1997.

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03 janvier 2018

Bruno - Le jour où j'ai offert une plante à un inconnu

Bruno plante

 

Si vous aimez les petites chroniques du quotidien, les chats qui parlent et les plantes vertes, cet album est pour vous.

On avait découvert Bruno à la bibliothèque l'année dernière. Le livre s'appelait Quelques jours de ma vie très intéressante. Un chat, Bruno, y racontait les petites joies, les petits ennuis et les petites surprises de son quotidien. C'était drôle, touchant, absurde et poétique.

Revoilà Bruno, une magnifique plante verte trônant à ses côtés, dans un deuxième opus. Cinq petites histoires, cinq petites tranches de vie dont le fil rouge est cette fameuse plante verte. Très jolie plante verte, soit dit en passant, un alocasia, appelé aussi oreille d'éléphant. La première histoire, qui donne son titre à l'album, s'intitule Le jour où j'ai offert une plante verte à un inconnu. Et il y a dans ce titre quelque chose d'à la fois anecdotique et poétique, toute la légèreté et la générosité qui caractérise les histoires de la vie de Bruno. Chacune sous la forme d'une petite chronique mettant en scène une joies, les péripéties et les déconvenues de la vie de tous les jours et toutes les émotions qui vont avec. La magie s'invite parfois tout naturellement dans le quotidien, comme cela arrive si souvent dans l'imaginaire de l'enfance.

Les auteurs ne s'imposent aucune rigidité ou régularité dans le format : certaines histoires sont plus longues que d'autres, mobilisent plus de personnages, comportent des péripéties. D'autres sont plus brèves, plus contemplatives. Toutes se rejoignent et se répondent, dessinant par petites touches la vie, les amis et le personnage du dit Bruno, un petit héros sensible et attachant.

Je vous recommande chaudement ce recueil que je trouve fort réussi. En plus d'avoir trouvé un ton juste et une forme de légèreté bienvenue, il réunit les talents de Catharina Valcks (qu'on ne présente plus aux lecteurs d'albums jeunesse) et de Nicolas Hubesch, qui signe des illustrations pétillantes et rigolotes, particulièrement expressives. Dans la vie de Bruno, tout n'est pas parfait loin de là. Parfois il pleut fort ou il se passe des choses très contrariantes. Mais il y a toujours une solution, une idée amusante, une réplique drôle ou une amitié réconfortante. Les aventures de la vie de Bruno, c'est un remède contre la morosité, une vraie lecture vitaminée et pleine de joie et de douceur qui recharge les batteries et donne sacrément la pêche.

 

BRUNO Le jour où j'ai offert une plante à un inconnu, Catharine Valckx et Nicolas Hubesh

L'école des loisirs. 2017

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21 décembre 2017

Flamme

 

Flamme

 

Flamme est une renarde à la robe flamboyante. Elle vit dans la forêt avec ses deux renardeaux, Moucheté et Petit Roux. Mais depuis quelques temps, des bruits inquiétants viennent perturber la quiétude de la forêt, et Flamme a décidé d'aller mettre ses petits à l'abri. Sauf que le danger les rattrappe plus vite que prévu. Flamme nous entraine dans une aventure haletante, une course poursuite où se jouent la vie ou la mort, un récit à perdre haleine.

Si on en a le souffle coupé, c'est qu'on est frappé, bien sûr par la beauté des illustrations, la fluidité des pinceaux, la profondeur des couleurs, le feu des renards dans la nuit. Puis on est happé par le rythme, la construction graphique, presque cinématographique avec son jeu de plans et d'angles, effet renforcé par les grognements des chiens, le sifflement sourd du train, des aboiements furieux, tels une bande son saccadée qui accélère le rythme et fait battre nos coeurs.

Flamme est un album d'une rare intensité, sans pour autant ne rien perdre de sa douceur. Un album aussi palpitant que réconfortant, au graphisme soigné.

 

 Flamme, Zhu Chengliang

Hong Fei Cultures, 2017.

 

Lire aussi la chronique de Littérature Enfantine

 

 

 

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15 décembre 2017

De l'autre côté du lac

 

de l'autre côté du lac

 

On ouvre cet album comme on entre dans un paysage. Un chemin bordé d'arbres, un lac qui s'étend sous les pins et les bouleaux, de l'ombre et de la lumière. Il y a toujours une composante contemplative dans les albums d'Anne Brouillard, avant la dimension d'exploration que ne manque pas de prendre le récit. Tante Nadège, Lucie, Alpha et Toka regardent le lac. Les chats ont souvent chez Anne Brouillard une place à part. Ici, ils font partie de la petite communauté qui vit près du lac, au coeur de cette nature calme et grandiose à la fois. Un matin, Lucie remarque quelque chose de nouveau qui semble briller entre les arbres de l'autre côté du lac. On ne voit pas ce que c'est, c'est trop loin, alors ça excite l'imagination de la petite famille, chacun y va de son hypothèse. Une voiture ? Un avion ? Une nouvelle maison ?

Pour en avoir le coeur net, il faut y aller. Et les préparatifs de la traversée du lac et du pic-nique ont déjà le goût délicieux de l'aventure. Voilà la petite troupe en route dans sa quête.

Je ne trouve pas les mots justes pour expliquer à quel point cet album me touche. Je suis sensible, évidemment, à la beauté des illustrations, au charme nordique de ces forêts et de ses lacs, comme à la chaleur des intérieurs, de leurs parquets de bois et de leurs théières fumantes. J'apprécie, plus encore, la poésie qu'accorde Anne Brouillard à chaque petit moment. Goûter sur la terrasse, observer les alentours, préparer un pic-nique, cheminer lentement en s'arrêtant de temps en temps car le panier est lourd. S'asseoir sur l'herbe, regarder sa maison de loin, et n'être plus sûr de tout reconnaitre. Il y a une beauté de l'instant, une lenteur bienvenue et qui jamais ne lasse. Une part de mystère et d'excitation y compris dans les choses les plus familières, il suffit parfois de s'éloigner de quelques pas et d'observer autour de soi. Car c'est aussi de l'autre côté du miroir que l'auteur nous emmène, de l'autre côté du lac.

Les inconditionnels d'Anne Brouillard retrouvent là, dès la première page, tous les motifs de son oeuvre. La nature dans toute sa beauté et son mystère, le plaisir que semblent avoir ses pinceaux à explorer les dichotomies ombre et lumière, ou intérieur et extérieur, les animaux (surtout les chats) qui parlent comme des personnages à part entière.

En découvrant sur le tard ce très bel album, j'y vois non seulement les éternels thèmes et motifs de l'oeuvre d'Anne Brouillard, mais plus précisément la genèse de son chef-d'oeuvre La Grande Forêt, dont De l'autre côté du lac explore clairement la géographie et l'esthétique. Certaines vignettes, certaines planches ressemblent à s'y méprendre à des études pour La Grande Forêt, un album protéiforme incroyablement riche et abouti que je vous invite chaleureusement à lire au coin du feu en ces longues soirées d'hiver. Vous n'en reviendrez pas de sitôt.

 

De l'autre côté du lac, Anne Brouillard

Le Sorbier. 2011.

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10 décembre 2017

Le Lac des cygnes

le lac des cygnes

 

On connait tous la mélodie de l'Acte II du Lac des Cygnes de Tchaïkovski. On y associe les mouvements souples de gracieuses danseuses aux tutus aussi blancs et duveteux que le plumage des cygnes. Après tout, c'est le ballet classique par excellence, un des plus joués au monde.

On connait moins l'histoire que raconte le ballet, quoiqu'elle ait été en partie évoquée (mais pas pour les enfants) par le film d'Aronofsky Black Swan en 2010.

C'est le conte cruel et merveilleux du prince Siegfried et de la princesse Odette. Cette dernière est prisonnière de la terrible malédiction du sorcier Von Rothbart qui la prive de sa forme humaine et la transforme en cygne. Le maléfice ne sera rompu que par un l'amour partagé et éternel d'un fidèle chevalier. Mais le sinistre sorcier Von Rothbart a le pouvoir de tromper les mortels et usera d'une odieuse manipulation pour contrarier les espérances des deux jeunes amoureux.

C'est un conte, dans toute sa magie et sa noirceur. Un conte qui a connu plusieurs dénouements, mais qui, selon la version consacrée à partir des années 50, se veut plus fidèle au projet original de Tchaïkovski et embrasse une fin heureuse.

Les peintures d'Olivier Desvaux, leur douceur enveloppante et leur gamme chromatique sombre et bleutée habillent remarquablement le récit en approfondissant l'univers onirique et ténébreux du conte et de la musique. Celle-ci est interprétée par l'Orchestre Symphonique de la fédération de Russie, elle s'intègre naturellement au passages contés par la belle voix expressive de Nathalie Dessay, qui nous avait enchantés avec L'apprenti Sorcier.

Didier Jeunesse signe donc encore un magnifique livre CD, un classique intergénérationnel qui séduira toute la famille. Très académique, à l'image du ballet qu'il met en images et en récit, il réussit encore une fois le pari de faire entendre les milles histoires fantastiques que raconte la musique classique.

 

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Le Lac des cygnes, de Tchaïkovsky, raconté par Nathalie Dessay, texte de Pierre Coran et peintures d'Olivier Desvaux.

Didier Jeunesse. 2017.

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06 décembre 2017

L'ours polaire

l'ours polaire

 

Il est majestueux, si doux dans sa fourrure blanche et intimidant par sa puissance. L'ours polaire est un animal fascinant, devenu le douloureux symbole de la lutte contre le réchauffement climatique. C'est un peu intimidé qu'on ouvre l'album, comme si la gravité dans le regard de l'ours en couverture nous prenait personnellement à témoin des ravages de l'activité humaine sur notre planète en général... et cette noble espèce en particulier.

C'est une histoire à tiroir, une histoire dans l'histoire, celle d'une petite fille quelque part dans un pays du nord qui lit un livre sur les ours blancs, et qui au fil des pages, s'aventure sur la banquise à travers sa lecture et fais la connaissance de l'ours blanc.

Ce qu'elle y apprend relève des sciences naturelles. On y découvre avec elle que les pattes de l'ours polaire peuvent mesurer plus de trente centimètres, qu'elles sont aussi efficaces comme palmes pour nager que comme raquettes pour marcher sur la neige ou comme crampons sur la glace. On y apprend que le mâle adulte pèse environ le poids de vingt enfants de 7 ans, et que les yeux des ours blancs ont des lunettes de soleil intégrées, pour se protéger de l'intense lumière arctique.

A l'instar d'une toute nouvelle génération d'albums documentaires, celui-ci accorde une importance particulière à l'esthétique de ses illustrations. La rigueur scientifique des dessins (on apprécie le réalisme des reproductions d'ours) s'efface subtilement pour laisser la place à la fantaisie et aux couleurs et la fillette en mouvement qui s'invite de temps en temps sur les pages. Mais surtout, il y a une profondeur et une qualité onirique dans ces grandes planches d'aquarelle, une beauté glacée dans cette palette de bleus et de blancs, une splendeur arctique qui n'exclut pas une infinie douceur, dans la douceur des courbes et la nuance des teintes.

L'ours polaire est un album magnifique, dont on se régale à tourner les pages et admirer les planches, un rappel de la beauté de notre planète et de ces espèces, et de la nécessité absolue de les préserver.

 

Les éditions des éléphants proposent encore une fois un ouvrage d'exigence et d'une qualité graphique exceptionnelle. Et je vous invite à aller faire un tour sur le site de Jenni Desmond, une artiste décidement bourrée de talent.

 

http://jennidesmond.blogspot.fr/2016/03/the-polar-bear.html

 

L'ours polaire, Jenni Desmond

Editions des éléphants.

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03 décembre 2017

La forêt millénaire

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Pour qui aime Jirô Taniguchi, La forêt Millénaire est une sorte de supplice de Tantale. Le lecteur, animé d'une soif inextinguible des dessins et récits enchanteurs du maître Taniguchi sait avant même de commencer l'album que celui-ci ne l'assouvira pas. En effet, La forêt Millénaire est une oeuvre inachevée, Jirô Taniguchi ayant été emporté trop tôt, avant de pouvoir mener son projet à terme.

La frustration est d'autant plus vive que le début est prometteur :

Un jeune garçon, Wataru, arrive de Tokyo à la campagne chez ses grand-parents, suite à l'hospitalisation de sa mère pour des raisons mystérieuses. Là, dans la forêt qui recouvre la montagne , au coeur du Japon traditionnel, Wataru se rend compte peu à peu qu'il entend les voix de tous les êtres qui l'entourent : le grand arbre qui veille sur la troupe d'enfants locaux, le chien, mais aussi les insectes, toute la forêt...

Il y a, dés le début, une auréole de mystère autour de l'histoire de ses parents, dont on comprend que des éléments cruciaux ne seront révélés que plus tard à Wataru. Avec lui, on se laisse enchanter par le vert de la forêt, sombre de loin, et de plus en plus tendre lorsqu'on y pénètre avec lui. Le grand arbre, (qui a dans mon coeur de lectrice une résonance particulière) semble lui aussi avoir bien des secrets à révéler, comme les créatures mystérieuses qu'on aperçoit parfois au détour d'une page, dans la nature la plus sauvage. Mais ces secrets, lecteur, ne te seront pas révélés, puisque l'album reste inachevé. Reste alors à admirer la magnificence des paysages dessinés, la puissance végétale de ces planches, la solennité et la sérénité qui s'en dégage. La grandeur de la nature n'efface pas le personnage, incarné comme toujours chez Taniguchi avec relativement peu de paroles mais beaucoup de profondeur, et une présence forte, qui happe le lecteur dés son apparition. S'esquisse subtilement une ode à la nature, à sa puissance et son immensité, et à l'harmonie idéale à laquelle devraient aspirer les hommes dans leur relation à elle.

L'album comme objet est tout aussi magnifique, fruit d'un remarquable travail éditorial. Format à l'italienne mettant en valeur les planches panoramiques, la couverture et son fond en dégradés de verts, les nervures comme celles d'une feuille semblant lui insuffler une existence organique. Rue de Sèvres réalise un bel hommage à l'auteur en réunissant son album inachevé, une genèse de l'oeuvre “les racines du projet” analysée par sa traductrice et son éditeur japonais, et des carnets de croquis de Taniguchi.

L'occasion de prolonger l'enchantement de cet auteur marquant parti trop tôt.

 

le mystérieux, majestueux grand arbre (spéciale dédicace à mes arbronautes)

 

 

La forêt millénaire, Jirô Taniguchi

Rue de Sèvres. 2017

Rue de Sèvres. 2017

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23 novembre 2017

Qu'est ce qu'on fait ?

 

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Grâce aux judicieux conseils de Sesyle Joslin et Maurice Sendak, vous savez enfin quoi dire en toute circonstance. Quoi qu'il arrive, vous avez la formule adaptée, la tournure appropriée pour conclure toute conversation avec panache et élégance.

Joignez les actes à la parole grâce au second volume : Qu'est ce qu'on fait ?

Initialement publié en 1961, trois ans après Qu'est ce qu'on dit ?, Qu'est ce qu'on fait ? reprend le principe du premier volume et ses ingrédients : politesse irréprochable, humour décalé et imagination débordante, pour nous livrer un album encore plus délirant.

Le décalage calculé entre l'extravagance des situations et la bienséance des préceptes est tout simplement hilarant. Sesyle et Sendak semblent pousser le bouchon un peu plus loin chaque fois dans l'absurde, et on se bidonne. Quel bonheur que les illustrations de Sendak, que ses irrésistibles personnages aux bobines si expressives dans la perplexité, la malice ou l'impassibilité feinte ! On touche ici au génie, c'est indéniable. L'imaginaire enfantin est ici déployé dans toute son exubérance : il semble ne pas y avoir de péripétie improbable ou d'aventure périlleuse que l'esprit chenapan et facétieux des auteurs n'ait pas envisagé.

Une mention particulière pour la traductrice, qui se sort honorablement d'une tâche bien délicate. Si l'humour des auteurs trouve son expression si naturellement en anglais, la traduction française n'est pas aisée. A commencer par le titre : What do you say, dear ? et ce “dear” à la fois affectueux et distingué qui n'implique ni la même distance, ni la même fluidité en français, et qui d'emblée contraint à une sexualisation (chéri/chérie ou mon cher/ma chère). Raisonnable choix de l'avoir gommé dans le titre, donc, même si ce dernier perd le côté explicitement éducatif du titre original. Ardu travail de traduction, qui semble proportionnellement difficile à la brièveté du texte : plus ce dernier est succint, avec de courtes répliques qui sont mouche et sonnent bien, plus il semble délicat de rendre à la fois sa musique et son contenu. Beau travail !

Je récapitule : texte ciselé, illustrations génialissimes et traduction aux petits oignons : C'est un petit joyau que MeMo nous fait le cadeau d'éditer, et ce serait bien dommage de vous en priver.

 

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Qu'est ce qu'on fait ?, Sesyle Joslin et Maurice Sendak, traduit par Françoise Morvan

Editions MeMo, 2017

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22 novembre 2017

Qu'est ce qu'on dit ?

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Il n'y a guère de besogne plus ingrate que celle d'élever un enfant, quant à essayer de lui inculquer les bonnes manières, on s'accordera pour convenir qu'il s'agit là d'une tâche extrêmement ardue.

D'ailleurs, souvenez-vous, les experts le disent :

« A peine plus haut que trois pommes, l'enfant possède déjà tous les travers des hommes. (…) Bavards, gourmands, capricieux, froussards, fainéants, paresseux, à vrai dire, s'ils ne faisaient pas d'excellents ragoûts, les enfants ne serviraient à rien du tout. »1

Mais pardonnez-moi cette digression. Le petit manuel dont je vais vous parler ici se fixe la difficile ambition d'enseigner à votre turbulente progéniture ainsi qu'à vous-même (il n'est jamais trop tard) quelques rudiments de savoir-vivre. Mieux que cela, il se propose de “servir de guide dans la conduite quotidienne pour la vie en société.

Pas née de la dernière pluie, Sesyle Joslin avait rédigé non sans malice ces quelques précieux conseils à l'attention des jeunes personnes en 1958, avec la complicité de Maurice Sendak, grand spécialiste des garnements et diplômé en polissonnerie. C'était intitulé What do you say, dear ?

Voici ce précieux manuel traduit par Françoise Morvan et édité en français chez MeMo, dans l'excellente collection “Les trésors de Sendak”.

Il vous sera bien utile dans diverses occasions où, faute d'une solide éducation, la tournure appropriée peut parfois venir à manquer. Vous y trouverez la formule de politesse adaptée en toute circonstance.

Ainsi, votre aéroplane troue malencontreusement le toit de chez la comtesse chez qui vous étiez invité à prendre le thé ? Des excuses bien tournées vous permettront de vous faire pardonner.

Bill Bec de pioche tout droit sorti d'un canyon poussiéreux, et armé d'un revolver en veut à votre personne ? Ne perdez rien de votre flegme grâce à une gracieuse pirouette.

Un orchestre d'ours menace de ruiner votre fête en dévorant tout le monde ? Sachez prendre congé avec élégance pour vous en sortir la tête haute.

Quel régal que ce florilège de sages conseils, agrémenté des illustrations géniales de Maurice Sendak !

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Et comme une bonne nouvele n'arrive jamais seule, MéMo publie également un deuxième volume du même facétieux duo, mais patience, je vous en reparle demain !

 

Qu'est ce qu'on dit ?, Sesyle Joslin et Maurice Sendak, traduit par Françoise Morvan.

MeMo, 2017. Collection Les Trésors de Sendak.

 

1 Bertrand Santini, Le Yark. Grasset Jeunesse, 2011

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