24 mai 2017

Les Liszt

Les Liszt

 

Les Liszt faisaient des listes. A longueur de journée, semaine après semaine, des listes, et encore des listes.

Des listes de choses à faire pour s'amuser, des listes de petits insectes ailés, des listes de maladies épouvantables, j'en passe et des meilleures.

Et puis un jour, se présente à la porte (qui était ouverte), un visiteur qui venait de loin. Et qui n'était pas sur la liste.

Quand l'imprévu vient se glisser dans un monde ordonné, et que s'ouvre le possible, la poésie, l'aventure. Les nombreuses listes de la famille Liszt, avec leur saveur farfelue, sont un régal de mots et d'images qui s'assemblent joyeusement comme dans une série d'inventaires à la Prévert qui se voudraient organisés. Elles ouvrent un imaginaire foisonnant qui s'affiche sur les illustrations riches. La palette sombre crée un univers accueillant et incongru, tapissé de multiples clin d'oeils au monde artistique.

Le décalage permanent entre l'austérité des personnages et l'exubérance des décors laisse le lecteur curieux et amusé, aux aguets, prêt pour le rêve et l'inattendu, auxquel l'album rend un hommage chaleureux.

Les lecteurs les moins jeunes auront le plaisir de croiser Pelé, Bowie et Maradona. Quant à Franz Liszt, rassurez vous, il se fait discret, mais il est bien là, en première page, l'air sévère au dessus du piano.

 

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Les Liszt, de Kyo Maclear et Jùlia Sardà

La Pastèque, 2016.

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20 mai 2017

Le cafard

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Dans la famille des petits dégoûtants, je voudrais le dernier né : le cafard !

Elise Gravel persiste et signe dans son inventaire des petites créatures gluantes ou rampantes et surtout délicieusement répugnantes. Après le ver, le pou, la limace, l'araignée, la mouche, la chauve-souris et autres bestioles qu'on aime détester, il manquait ce fidèle compagnon des dessous de frigos : le cafard.

On y apprendra mille détails fascinants : les différentes appellations du cafard ou cancrelat et aussi son incroyable longévité à l'échelle des espèces. Saviez-vous que le cafard peuple la terre depuis 335 millions d'années ?

La marque de fabrique reste la même : humour, précision et concision. Une information technique et un dessin par double-page, il y en a 14 : c'est court, drôle et efficace. Dans les bulles des illustrations, des commentaires rigolos et décalés du texte informatif qui rendent la lecture animée et interactive.

L'inspiration de la BD se retrouve aussi dans le jeu des polices d'écritures des mots mis en relief : comme des incitations irrésistibles à la lecture autonome. Vraiment, on ne se lasse pas de ces petits documentaires pétillants qui à chaque fois font mouche !

 

 

Le Cafard, Elise Gravel

Le Pommier, collection « Les petits dégoûtants » 2017

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17 mai 2017

La famille dans tous ses états

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Comme beaucoup d'animaux, les humains vivent en groupes. Au sein de ces groupes, depuis la préhistoire, il y a la famille. Et la famille, comme l'indique cet ouvrage, n'a cessé d'évoluer à travers les ages. Il y a des constantes universelles et des des variations historiques, sociales et culturelles. Entre le documentaire ludique et la BD, La famille dans tous ses états nous propose un tour d'horizon coloré et rigolo des differents liens familiaux. De l'homoparentalité aux jumeaux monozygotes en passant par les relations entre frères et soeur et aux puzzles parfois inouïs des familles recomposées, l'album dresse un tableau en mozaïque des différents schémas familiaux.

Le trait est joyeusement débridé et les bulles empruntées à la BD apportent une touche fraîche et décalée qui aère et dynamise le texte descriptif documentaire.

On y apprendra également des détails étonnants : saviez vous par exemple qu'en Suède on appelle le ou la nouveau/lle conjoint(e) de notrepère/mère “plastmamma” ou “plastpappa”, ce qui signifie littéralement “parents en plastiques” ?!

Les illustrations sont savoureuses et le ton est tendre. J'aime beaucoup le côté miscellanées, qui mêle intelligemment sociologie, histoire et biologie, et ne se prive pas de mille petits détails farfelus dans lesquels on se reconnaitra (ou pas). On y aborde des sujets très sérieux mais trop souvent négligés, tels que les langues secrètes accessibles uniquement aux membres de la famille, ou les politiques familiales concernant le prout. Bref, les milles détails qui font d'une famille une famille.

Car c'est bien cela, l'idée : la famille est une construction sociale et culturelle qui ne saurait obéir à des normes figées, avec malgré tout une multitude de traits communs qui nous rapprochent les uns des autres dans la grande communauté des humains.

Un livre savoureux que les papooses recommandent chaleureusement.

 

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La famille dans tous ses états, Alexandra Maxeiner et Anke Kuhl

La Joie de Lire, 2017

13 mai 2017

Jeux d'eau

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La Montagne secrète édite des livres disques avec une attention particulière. On avait déjà goûté ici à l'initiation à la musique classique classique par la thématique des créatures fantastiques, puis au patrimoine folklorique quebequois ici ou .

Jeux d'eau poursuit l'initiation à l'univers classique, avec comme fil conducteur celui de l'eau. De l'Orage de Beethoven au Jeu des vagues de Debussy en passant par l'Arbre à pluie de Takemitsu, c'est un tour du monde des compositeurs classiques sur quatre siècles. On y retrouve des morceaux connus et d'autres beaucoup moins (en tout cas pour des profanes comme nous !)

A l'image de sa thématique aquatique, la sélection musicale régale nos oreilles de mélodies fluides et apaisantes, presque régénérantes.

Le livre, en format carré, propose une illustration double page avec un court texte explicatif pour chaque morceau. Enfin, fidèle à son ambition didactique et culturelle, le Guide d'écoute en fin d'ouvrage propose un accompagnement détaillé de chaque morceau, une courte biographie de chacun des compositeurs et un glossaire des termes musicaux, tout en laissant une grande liberté au lecteur-auditeur qui pourra choisir de s'attarder sur un morceau, une illustration ou de simplement savourer la musique pour elle même.

Une très belle collection de morceaux bien choisis.

 

Jeux d'eau, sélection d'Ana Gerhard illustrée par Margarita Sada

La Montagne Secrète, 2016

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03 mai 2017

D'une petite mouche bleue

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C'est l'histoire d'une petite mouche bleue, qui rencontre une grenouille, qui rencontre un serpent…

C'est l'histoire sans fin du qui mange qui, où le bleu souligne chaque maillon de la chaîne. Délicieuse chute dont on ne s'aperçoit qu'à la deuxième lecture qu'elle était pourtant évidente dés le début.

Par sa circularité, l'album nous invite à considérer le cycle la nature et de la chaîne alimentaire, où chaque élément fait partie d'un tout. Le bleu qui se transmet du mangé au mangeur qui se fait manger à son tour interroge. Si les rêveurs peuvent y voir une propriété magique, les plus pessimistes d'entre nous percevront peut être une métaphore des pesticides et des dommages humains sur la nature, qui se répercutent toujours plus loin que prévu. Mais attention, pas de fable ici, pas de moralité ni de message appuyé. La narration opte résolument pour le comique, et se berce d'une douce légèreté.

Le trait est léger et précis à la fois : il a l'exactitude des gravures scientifiques et, s'il ne boude pas les détails, n'est jamais chargé. Lignes nues au crayon de papier, la seule couleur qui vient s'étaler est le bleu, ce qui confère à l'album une esthétique particulière, subtile et poétique. Un choix graphique mis en valeur par le format à l'italienne et la jolie couverture bleu ajourée d'une fenêtre ronde comme la lentille d'une longue vue.

 

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D'une petite mouche bleue, Mathias Friman

Les fourmis rouges. 2017.

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26 avril 2017

Capitaine Maman

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L'histoire commence au fond de la mer. Des vestiges de civilisations de l'antiquité semblent se reposer engloutis pour l'éternité, sous le regard indifférent des poissons qui passent par là.

Jusqu'à ce qu'approche lumière de Capitaine Maman, qui arpente les mers avec ses palmes et ses bouteilles, à la recherche des trésors du passé. (Bruits de respiration en bouteille) séquence action : c'est un sacré boulot, une aventure de tous les jours, qui demande courage, curiosité, et une logistique hautement technique, supervisée par Quartier-Maître Mémé.

Grâce à la coopération très pro de ces deux aventurières des mers, le matériel est en place et l'opération délicate s'engage pour ramener à bord la précieuse découverte. Mais c'est sans compter trois passagers clandestins qui se sont glissés dans le sous-marin, trois chatons désobéissants qui se sont habilement faufilés sur les traces de leur maman…

On avait beaucoup aimé le premier album de Magali Arnal. On retrouve dans ce nouveau titre cette complicité intergénérationnelle doublé de malice et de poésie.

Dans un grand format carré, planches de pleine page et vignettes, les illustrations se font plus audacieuses, l'aventure plus trépidante. On adore les dessins en coupe du super sous-marin et le souffle d'aventure qui fait vibrer l'histoire.

Quel plaisir que ce Vingt Mille lieues sous les mers matriarcal, ce délicieux personnage de maman héroïque et iconoclaste.

Il y a un je-ne-sais-quoi de Vaugeladien dans la malice du ton comme dans la palette de couleurs et la pureté des lignes. Une qualité graphique et narrative qui est la marque de fabrique des albums de l'école des loisirs. Magali Arnal s'impose comme une des auteures talentueuses de sa génération.

 

Pas étonnant que Chlop ait craqué aussi : sa chronique

 

Capitaine Maman, Magali Arnal

L'école des loisirs. 2017.

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07 avril 2017

Petit Pois

Petit Pois

Petit pois n'est peut être pas plus haut qu'une pomme, mais c'est un sacré petit bonhomme.

Comme son nom l'indique, Petit Pois, quand il est né, était petit. Très petit.

Le début est savoureux, initiant un jeu de questions réponses qui invite le lecteur à s'en remettre au conteur.

 

« Ses habits ?

C'est sa maman qui les faisait. »

 

« Son lit ?

Ca dépendait. »

 

Et l'inventivité des illustrations vient compléter ou s'écarter de la voix narrative pour ouvrir un univers merveilleux où se dessinent mille petites astuces et images poétiques.

Petit Pois, c'est une redécouverte du monde dans toute l'intensité et l'immensité de ses détails minuscules. C'est aussi une réinterprétation du paysage quotidien qu'on ne regarde plus ou des objets à portée de notre vue. Mais c'est avec la délicatesse et la force créative de ce petit personnage si attachant, à la fois vulnérable et plein de ressources qu'on entre dans la magie de l'album.

Les illustrations de Sébastien Mourrain, comme dans Chez Moi, viennent dialoguer avec le texte espiègle de Davide Cali en y apportant des trouvailles ingénieuses et une poésie exquise.

Un régal que ce petit album sensible et malin.

 

Petit pois jardin

 

Petit Pois, Davide Cali et Sébastien Mourrain.

Actes Sud Junior. 2017

 

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09 février 2017

Pinocchio

Oyez braves gens, pressez vous et ouvrez grand vos oreilles.

 

Pinocchio

 

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, aujourd'hui vont vous être contées les désastreuses, les pitoyables, les effroyables mésaventures d'un bout de bois”.

Comme une bonimenteuse haranguant son public sur un stand de foire, la narratrice nous interpelle, nous captive et nous bouscule pour nous conter l'histoire de Pinocchio dans une prose haute en couleur.

Adoptant le parti pris de se rapprocher de l'esprit de Collodi, qui avait écrit les aventures de Pinocchio en feuilleton à la fin du 19ème siècle, le récit nous livre un personnage insupportable, insensible et têtu, loin d'être aussi naïf et attachant que le Pinocchio popularisé par Walt Disney.

Retour aux sources, donc, avec ce personnage iconoclaste et anti-héroïque au possible, bûche de bois revêche qui nous entraine un peu malgré nous dans ses aventures rocambolesques.

La partie musicale du récit est une mosaïque étonnante et bigarrée de morceaux classiques et contemporains, tristes et enlevés, subtils et fanfaronnant : Fais pas ci fais pas ça de Dutronc s'invite entre la Marche Turque de Mozart et la composition de Laurent Petitgirard Le Pays des Jouets. Et régulièrement, la conteuse nous prend à parti, s'exclame et commente son récit, le mettant à distance en même temps qu'elle le pimente et le rend incroyablement vivant. Côté pinceaux, le travail de Laetitia Le Saux (Boucle d'Ours, Purée de cochons) et son utilisation des couleurs et notamment du rouge offrent un décor digne de cet esprit carnavalesque.

Au coeur de l'histoire de Pinocchio, c'est finalement de l'humanité dont il est question. Peut être est-ce en cela que le conte dérange autant, nous renvoyant, lecteurs à nos vices humains : paresse, envie, égoisme, inconstance. Les vices qui, entre le bien et le mal, nous poussent souvent naturellement à opter pour ce dernier. Mais c'est justement parce que c'est notre capacité à nous améliorer, à finalement apprendre de nos erreurs, qui participe à notre humanité. Le chemin du pantin pour devenir petit garçon est long et si tortueux qu'il semble impossible. Et pourtant...

Fidèle à la qualité et à l'originalité de ses publications notamment dans ses collections musicales Didier Jeunesse nous offre une adaptation créative et bouillonnante de ce classique non pas méconnu mais mal connu, à la fois soigneusement authentique et résolument moderne.

 

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Pinocchio, d'Edouard Signolet d'après Carlo Collodi. Illustré par Laetitio Le Saux

Didier Jeunesse. 2016

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03 février 2017

Hansel et Gretel

Hansel et Gretel

Les contes traditionnels nous rappellent à nos peurs ancestrales, aux angoisses universelles et atemporelles. Celle de mourir de faim, de se faire abandonner par ses parents. L'angoisse de grandir et de devoir affronter le vaste monde et ses dangers qui nous dépassent. Le conte d'Hansel et Gretel a peut être cela de plus encourageant qu'il met en scène deux héros, un frère et une soeur, solidaires devant l'adversité. Hansel rassure sa soeur, la guide pour retrouver leur maison, ils se partagent le dernier bout de pain, et c'est elle qui le sauve à la fin.

C'est un beau conte, sombre et puissant, avec pour décor la forêt, celle qui perd les enfants, abrite des bêtes sauvages et des adultes malfaisants. Presque un personnage tant elle semble habitée d'une âme.

Emmanuel Fornage en fait ici un portrait magnifique. Ses illustrations, toutes en découpages, profilent les aiguilles des conifères, cisèlent les feuilles des chênes, font se déployer des branches tortueuses ornées de feuilles qui semblent bruisser.

Les scènes d'intérieur ne sont pas en reste, chaque vignette est un ouvrage d'une minutie fascinante.

Le jeu de découpe, avec ses caches et ses jours, dessine des personnages et des paysages qui se dissimulent, se révèlent et se superposent à chaque fois qu'on tourne la page, créant un petit théâtre d'ombres qui semble s'animer au fil des pages. C'est un travail d'orfèvre, des feuilles de lierre à la chaîne du puits, des boiseries sculptées des lits aux toiles d'araignées, chaque détail est une merveille de finition.

Grand format à l'italienne, relié de toile noire, c'est dans un riche écrin aux lettres d'or que se présente cette adaptation virtuose du conte de Grimm.

Les somptueux découpages d'Emmanuel Fornage ont également redonné vie au Petit Chaperon Rouge, au Petit Poucet et aux Fables de La Fontaine, tous édités chez Circonflexe.

 

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Hansel et Gretel, Emmanuel Fornage d'après les frères Grimm

Circonflexe. 2016.

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23 janvier 2017

Bonne nuit tout le monde

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L'album s'ouvre et se referme sur un ciel étoilé. Les constellations de la voûte céleste de l'hémisphère sud pour commencer.

La nuit tombe. Il est l'heure de se coucher. Le crépuscule jetant sur le paysage une clarté obscure, les pages se teintent d'indigo, de rouge profond et de violet.

Les animaux de la forêt ont sommeil. Les souris, les lèvres, les biches, les uns après les autres, baillent et vont se coucher. Seul petit ours n'a pas sommeil.

Chris Haughton, le facétieux auteur de Oh non, George et Chut, on a un plan nous livre un nouvel album, tout doux, tout doux, une histoire de bonne nuit à lire aux tout-petits. Dans de belles couleurs riches, chaudes et sombres à la fois, ses pinceaux font apparaître de nouveaux personnages -animaux aux silhouettes d'inspiration cubistes. On plonge dans ces aplats de bleu marine, d'indigo et de pourpre, comme on se blottirait dans une chaude couette. Bonne nuit les biches, bonnes nuit les lièvres, et les souris. Et bonne nuit, petit ours…

On referme le livre sur la voûte étoilée plus familière, celle de l'hémisphère nord, d'Andromède et de Cassiopée, de la Grande ourse et de la Petite ourse.

Bonne nuit, les ours. Bonne nuit, les étoiles.

 

Bonne nuit tout le monde, Chris Haughton

Editions Thierry Magnier, 2016.

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