06 août 2019

Et c'est comme ça qu'on a décidé de tuer mon oncle

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Il faut s'imaginer une île, comme dans tout excellent récit d'aventure. Une île verdoyante, au large de la Colombie Britannique. Deux enfants moyennement enthousiastes, Christie et Barnaby, débarqués pour les vacances d'été. Le charme désuet de la société d'après guerre, dans une île reculée, entre la sauvagerie d'un environnement qui peut vite se révéler hostile, et la civilisation à l'anglaise dans toute sa délicatesse.

Il y est question des grandes vacances d'été, de la langueur des longs après-midis au soleil. De l'ennui et des bêtises, quand les camarades de jeux se réduisent à une seule fillette au mauvais caractère/un seul garnement turbulent.

Alors, il faudra bien faire alliance, et lorsque débarque l'oncle machiavélique de Barnaby, celle-ci est scellée : l'ennemi est redoutable, fourbe, cruel. Il veut la peau de Barnaby, comme il a déjà eu celle d'autres avant lui. Et la conclusion des enfants est formelle : la seule façon de lui échapper, c'est de l'éliminer en premier.

C'est un roman bien surprenant, délicieusement bien écrit, avec une galerie de personnages bien croqués et des passages d'une noirceur inattendue sous le vernis d'une narration pleine d'humour. Certains passages donnent réellement des sueurs froides, quand d'autres sont d'un comique irrésistible. On s'acclimate à cette île, et on s'attache peu à peu à ses habitants vieillissants, quelque peu bousculés par les facéties des deux polissons. Puis on est emportés par le souffle romanesque du récit, et ses sombres péripéties.

C'est le deuxième titre paru dans la collection Monsieur Toussaint Laventure, collection jeunesse de la maison d'éditions iconoclaste Monsieur Toussaint Louverture. Ce récit de Rohan O'Grady date de 1963, et était jusqu'alors inédit en France. C'est Eward Gorey qui signe l'illustration de couverture, son univers sombre et fantastique en écho parfait au texte épatant de Rohan O'Grady, dont je brûle à présent de découvrir les deux autres romans. Un vrai trésor enfin redécouvert.

 

Et c'est comme ça qu'on a décidé de tuer mon oncle, Rohan O'Grady

Monsieur Toussaint Louverture – Collection Monsieur Toussaint Laventure, 2019.

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25 avril 2019

Comment j'ai raté ma vie

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Comment j'ai raté ma vie (mode d'emploi ?) Le titre promet un peu de sarcasme... et quand on tombe sur une citation de Jacques Séguala en exergue, on se dit qu'on va se marrer, forcément. Que ce joli petit album si chic, noir et blanc élégant, mise en page classique ne peut pas se prendre au sérieux.

Et pourtant :

Comment réussir sa vie ? Ou comment la rater ?

C'est à cette question existentielle, philosophique, des plus sérieuses assurément, qu'on s'atelle à répondre ici.

Oh, pas de grands discours, pas d'envolées lyriques. Pas plus d'une ligne de texte, un seul mot parfois. Et une illustration en face. Texte et image se répondent, et c'est de leur décalage qu'émerge le sens. Quitte à décontenancer parfois le lecteur.

Sourire et tendresse, d'abord, devant la dissonance légère dans le récit d'enfance, le petit pas de côté de texte par rapport aux illustrations.

Perplexité, ensuite, devant ce qui semble à première vue une inadéquation totale. Puis à mesure que la rupture se confirme, et semble se creuser entre texte et image, on comprend. Le dialogue texte/image fait sens, on saisit l'essence du propos.

C'est drôle, acide et bien mené. Emouvant, très certainement et le pincement au coeur se fait de plus en plus mordant. On croit retrouver, en filigrane tout au long de l'histoire, puis plus clairement au détour de quelques pages, un chaleureux hommage à L'Arbre généreux, ce classique merveilleux.

Quelle intelligence, quelle justesse, avec une pointe de noirceur certes, mais qui fait mouche ! A lire et à faire lire, y compris (et surtout) aux plus grands. Ne ratez pas vos vies, ne passez pas à côté !

 

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Comment j'ai raté ma vie, Bertrand Santini et Bertrand Gatignol.

Grasset Jeunesse. 2019

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04 avril 2019

Partis sans laisser d'adresse

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Commissariat de police de Vancouver, le 27 novembre, midi cinq. C'est au cours de son premier interrogatoire qu'on fait la connaissance de Felix Knutsson. La situation est critique. Mais ce n'est qu'au bout de plusieurs chapitres qu'on saura comment il en est arrivé là.

Felix a bientôt 13 ans, une adorable gerbille prénommée Horacio en hommage au présentateur de son jeu télévisé culte : Qui, Que, Quoi, Quand ? A force de regarder cette émission, il a d'ailleurs développé une aptitude particulière (ou peut être l'a-t-il toujours eue ?) à retenir des tas d'informations : les sites classés au patrimoine de l'Unesco, le nom des empereurs Romains, les inventions françaises les plus dingues. Felix vit avec sa mère (un peu défaillante, un peu instable, mais aimante) dans un combi Volkswagen, de façon "temporaire", le temps qu'elle retrouve un emploi stable. Au collège, il est entouré de son super copain d'enfance, Dylan, et de Winnie, une première de la classe un peu énervante et autoritaire, et pourtant de plus en plus sympathique. Jusqu'ici tout va bien. Sauf que sa mère ne retrouve pas de travail, et que l'hiver arrivant, il fait de plus en plus froid dans le combi.

C'est toujours une joie de se plonger dans les romans de Susin Nielsen, au plus près de ses personnages irrésistibles et du marasme de leurs vies. Elle fait tomber ici un des sujets quasi tabous de la littérature jeunesse : la grande précarité. Sujet délicat s'il en est, et c'est avec brio qu'elle mène son récit, évitant habilement les écueils prévisibles. Felix est pauvre, il vit dans des conditions très inconfortables qui rendent sa vie quotidienne pénible. Maintenir un semblant d'hygiène requiert une planification compliquée, trouver des toilettes est une préoccupation de tous les jours. Avec sa mère, ils ont développé l'art de la débrouillardise (une qualité qui sert pas mal, dans la vie). Malgré tout, il souffre de la faim, de l'exiguité, de la fatigue. Aucun misérabilisme, mais le problème de la pauvreté n'est pas évacué ni noyé sous une overdose de bons sentiments. C'est avec beaucoup de justesse et d'optimisme que le récit embrasse cette situation.

C'est toujours en eux, grâce aux liens qu'ils tissent avec les autres, que les personnages de Nielsen trouvent les ressources et la résilience. L'entraide est un ressort puissant, à travers l'amitié mais aussi à travers tous les liens sociaux qui se construisent chaque jour, de façon durable ou anecdotique. Aucun personnage n'est parfait, mais tous sont profondément humains, avec leurs failles, leurs fragilités, mais aussi leur richesse propre et leur générosité. Et c'est l'écoute, le respect, la confiance qu'ils se donnent, les uns aux autres, qui les rends fort. C'est avec beaucoup de tendresse que Susin Nielsen croque ses personnages, les fait se rencontrer et nous fait retrouver ceux de ses livres précédents, ajoutant roman après roman de nouvelles têtes et de nouvelles couleurs sur sa grande fresque du Vancouver contemporain, fictif mais incroyablement vivant.

Ajoutons des dialogues souvent truculents, un sens certain de la dramaturgie, de l'humour, et voilà un 6ème roman au cordeau, qui émeut autant qu'il réjouit, et donne envie, à l'instar de Felix, de croire en les autres et d'être généreux.

 

A lire aussi : Le Journal malgré lui d'Henry K. LarsenOn est tous faits de molécules, Les optimistes meurent en premier.

 

Partis sans laisser d'adresse, Susin Nielsen.

Editions hélium. 2019.

 

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17 mars 2019

La balle jaune

La balle jaune

 

Louise et Louis font une partie de tennis. « paf ! », « oooohh !! », « AAARRR !!! », « poing ! », « OUUCHH !! », « IIIIHH !! », « AARRGG !! »

À les entendre et à les voir se démultiplier de tous les côtés, le court s'enflamme, la partie est endiablée.

Puis soudain : « Oh ! La balle est tombée dans la reliure entre les pages !».

… M'enfin ! comme dirait Gaston, voilà que les personnages brisent le contrat tacite avec le lecteur et admettent qu'ils sont dans un livre ! Voilà qui déstabilise gentiment le lecteur et pique sa curiosité...

Alors on suit nos deux joueurs qui se faufilent à travers la reliure. Il faut se faire très mince. Les voilà partis dans les recoins insoupçonnés du livre, à travers des pages inattendues et des paysages étonnants.

Dans ce voyage méta-livresque où le fond explore la forme, le lecteur évolue au rythme des dialogues truculents des deux facétieux petits personnages, dans des bulles. Pas de vignette, pas de narration. Les personnages croqués d'un trait naïf et coloré s'autorisent des détours par des décors différents (illustrations plus classiques, noir et blanc, photographie, pages blanches ou écran pixelisé), des aller-retours, cassant la norme de la lecture linéaire. Et sous cet apparent fouillis, l'intrigue est bien construite, parfaitement cohérente dans ses rebondissements. On y fait appel à l'intelligence et au sens de l'observation du lecteur. À son humour aussi : on rit beaucoup au cours de cette partie pleine de péripéties, de la cocasserie des situations et des répliques pleines d'esprit.

C'est rythmé, survitaminé, plein de surprises.

Les papooses avisés ne sauraient que trop vous conseiller cette lecture ludique et survoltée.

 

La balle jaune 1

 

La balle jaune2

 

Si vous aimez le jeu sur la forme, lire aussi Bouh ! et La course en livre

 

La balle jaune, Daniel Fehr et Bernardo P. Carvalho

Editions la Pastèque, 2018

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19 novembre 2018

Le fleuve

Le fleuve

 

Chouette ! Il est arrivé en même temps que le beaujolais, et c'est toujours une fête de déguster le Ponti nouveau !

Après l'iconoclaste et génialissime La Course en Livre qui bousculait et jouait avec la forme livre et les codes de lecture, il revient ici à une forme d'album plus classique dans sa facture. Ne vous méprenez pas : on reste sur des standards Pontiesques, où le « classique » n'exclut ni l'exotisme ni l'inventivité.

Il y a un petit parfum d'Orient dans les décors et les appellations, et dès la première page on est frappé par la quiétude et la beauté de ce nouvel univers : un village flottant sur le fleuve Ongoh, petites maisons-bateaux sur l'onde bleue, entourées de montagnes majestueuses. Nous sommes chez les Oolong, un peuple réputé sur tout le fleuve pour la qualité de sa nourriture, savamment cueillie, triée et préparée.

Chez les Oolong, les grand-parents peuvent, après leur mort, choisir de renaître dans le corps d'un de leurs petits-enfants. Quand la grand-mère déclare un jour à sa famille qu'elle a eu une vie belle et bien remplie de fille Oolong, et qu'elle désirait renaître dans le corps d'un garçon, c'est le plus naturellement du monde que la communauté familiale l'accompagne dans son souhait, dans sa mort sur sa barque vers le fleuve de la renaissance. Et quand un enfant-fille vient au monde, on se dit que ce n'est pas grave, on pourra toujours en faire un garçon. Ainsi nait et grandit Louz-Nour, au prénom aussi lumineux que son destin. Ailleurs et autre part, chez des Dong-Ding, un autre peuple du fleuve, c'est un bébé garçon qui nait, et qu'on décide d'élever comme une fille.

Ensuite, les péripéties sont nombreuses et abracadabrantes, il y a un monstre énormidable et monstrifique à affronter, des paysages stupéfiants et une (double) aventure initiatique. Comme souvent dans l'oeuvre de Ponti, il y a dans chaque histoire de nombreux fils à tirer, et libre à chaque lecteur de s'attarder sur ceux qui le touchent et résonnent le plus. Il y aurait à dire sur cet écosystème séculaire et harmonieux des peuples du fleuve.

On apprécie la belle construction du récit en miroir, qui vient mettre en valeur l'intrigue et la rencontre enrichissante et apaisante entre Louz-Nour et Rouh-Dang, le garçon qui était une fille et la fille qui était un garçon. C'est avec grâce et légèreté que ces deux là se rejoignent et se comprennent, dans une de ces rencontres essentielles où l'autre nous révèle qui on est, et qui on veut être (à moins que ce ne soit l'inverse).

 

Le Fleuve, Claude Ponti. L'école des loisirs. 2018.

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20 octobre 2018

Le colibri chante et danse

 

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Ça pétille et ça frétille, ça zonzonne et ça virevolte, à l'image du colibri qui donne son nom à cet album. La Montagne secrète, dont on a déjà pu apprécier la qualité des sélection musicales soignées, nous emmène avec ce nouvel album en voyage au sud de l'Amérique et dans la Caraïbe. C'est au rythme aux rythmes multiples de 16 pays hispanophones que nous entraîne notre oiseau-mouche : De Cuba en Argentine, du Chili au Guatemala en passant par le Pérou, la Colombie, le Honduras ou le Venezuela, on découvre des berceuses légères, des rengaines rigolotes et des danses endiablées. Ce sont des comptines enfantines et chansons populaires, issues de la tradition orale et familiale, à la fois simples et riches, authentiques et enjouées.

C'est Marianna Ruiz Johnson, illustratrice de talent dont on avait apprécié le travail ici, qui signe la sélection musicale. Ses dessins sont gais, chauds et pleins de textures. Richement colorés et peuplés de végétaux et d'animaux, il s'en dégage une force vitale pleine de douceur et d'allégresse. On ne pouvait imaginer de meilleur écrin pour ces rythmes latino-américains.

On ne se lasse pas de feuilleter ce bel album en fredonnant La Familia Cucharón...

 A découvrir (et écouter) ici :

Le colibri chante et danse Chansons et berceuses latino-américaines - La Montagne Secrète

Sélection musicale et illustrations Mariana Ruiz Johnson Chansons Grupo Cántaro 17 pays de l'Amérique latine sont à l'honneur dans cet album aux saveurs multiples. Une sélection riche et diversifiée de 19 chansons et comptines traditionnelles interprétées en espagnol nous entraînent dans une fête joyeuse, haute en couleur.

https://www.lamontagnesecrete.com


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Le colibri chante et danse, Chansons et comptines Latino-Américaines, Sélection musicale et illustrations de Mariana Ruiz Johnson. La Montagne Secrète, 2018.

 

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08 août 2018

tout petit

tout petit

 

Sur la couverture, un enfant, tout petit, dort paisiblement au coeur d'une nature bienveillante. Les verts tendres, vifs ou profonds des touffes d'herbes qui l'entourent semblent témoigner de la fraîcheur et de la richesse de la vie qui (re)commence.

« Mon tout petit, mon tout petit plein de vie », commence la voix qui l'accueille au monde, avec tendresse et sagesse. C'est comme un chant d'amour, un chant de bienvenue pour le tout petit sur cette terre, où il est si petit, comparé à bien des choses et bien des êtres qui l'entourent. Mais il y a aussi plus petit que lui. Et de nommer maman, papa, le gros chien Poc à l'air doux et joueur, l'arbre du jardin, le papillon, et ainsi de suite. Un petit tour d'horizon du monde autour de lui, de la diversité de la vie sur la terre, dans toute sa beauté et sa simplicité.

Ce sont les délicieuses illustrations d'Ilya Green qui dessinent ce monde, ces touffes d'herbes, ces feuilles d'arbres, et ces êtres souriants qui entourent le tout petit. Collage et crayon de couleur, beaucoup de fraîcheur, de gaîté, de sérénité aussi.

Les illustrations d'abord séquencées, page de droite face au texte, comme on nomme chaque être, chaque nouvelle découverte l'une après l'autre, envahissent l'espace et s'octroient des doubles pages à mesure que le monde s'ouvre et se densifie.

Les mots sonnent juste et leur limpidité est harmonieusement complétée par la poésie paisible et joyeuse des illustrations.

Un bel album, comme une ode à la vie et à notre place dans le monde, qui nous invite à regarder, avec joie, la beauté de ce qui nous entoure.

 

 

Tout petit, Marie Sellier et Ilya Green. Casterman, 2018.

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09 mai 2018

Claude et Morino

 

Claude et Morino

 

Morino a le même problème que moi : chaque soir il boit une grande tasse de tisane, et chaque nuit il se réveille pour faire pipi.

Mais Morino est plus ingénieux que moi : il a fabriqué une trappe dans sa caravane, ce qui lui permet de faire son pipi sans sortir de sa chambre. Ce qu'il n'avait pas prévu, par contre, c'est que son pipi finisse par mouiller un squelette, qui reposait là, enterré quelques mètres plus bas. Et que ça le réveille ! Et que ce squelette revenu miraculeusement à la vie par l'opération du saint pipi lui énonce cette énigmatique malédiction : “Quand un squelette tu réveilleras, auprès pour la vie, tu resteras” !

Le tas d'os en question s'appelle Claude, il est sympathique mais très collant, et n'en démord pas : à partir de maintenant, Morino doit rester auprès de lui pour TOUJOURS.

Quand Adrien Albert, le malicieux, talentueux, génialissime auteur de Papa sur la lune, Simon sur les rails, Henri est en retard se met à la BD, c'est plutôt réussi. Il donne vie ici à deux personnages aussi improbables qu'attachants dont l'amitié forcée donne lieu à une série d'épisode drôlatiques. Il navigue avec aisance entre une précision réaliste très ancrée dans le pratique, l'imaginaire magique et l'absurde. Et prend le parti de creuser cette troisième voie, avec brio.

Côté dessin, il reste dans une esthétique ligne claire, avec des aplats de couleurs uniformes, mais on note que le trait s'épaissit vers quelque chose de moins léché, des personnages plus échevelés, des paysages parfois dans la tourmente : plus de désordre et de mouvement.

En termes de véhicules, Adrien Albert avait exploré dans ses albums la fusée, le train, le camion de pompier, le train fantôme et la moto. C'est la caravane qu'il met ici à l'honneur, réhabilitant enfin un engin injustement sous-représenté jusqu'alors : la digne représentante des congés payés méritait bien de retrouver ici ses lettres de noblesse, elle est absolument parfaite.

En 6 courts chapitres et un épiloque, Claude et Morino met en scène et en bulles (truculentes) quelques tranches désopilantes de l'histoire touchante d'une rencontre et d'une drôle d'amitié. On adore !

 

Claude et Morino, Adrien Albert

L'école des loisirs. 2018

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19 avril 2018

L'ascension de Saussure

Horace Bénédict de Saussure était un naturaliste et géologue suisse (à ne pas confondre avec Ferdinand, le linguiste). Il a passé sa vie à parcourir et étudier les Alpes, immense territoire encore inconnu ou très méconnu au XVIIIème siècle. Fasciné par le Mont Blanc au point que, écrivit-il, « Cela était devenu pour moi une sorte de maladie : mes yeux ne rencontraient pas le Mont Blanc […] sans que j'éprouvasse une sorte de saisissement douloureux », il fit plusieurs tentatives d'ascension sans parvenir à son sommet… jusqu'à y arriver enfin à l'âge de 47 ans.

 

l'ascension de saussure

 

L'ascension de Saussure est un album librement inspiré de son Journal de l'ascension au Mont Blanc. Le texte est court, et les illustrations nous plongent dans des paysages immenses aux reliefs irréels. Comme entraîné à la suite de la cordée, le lecteur avance dans le paysage gigantesque qui, comme s'il était vivant, se métamorphose au fil de l'ascension et des heures de la journée. Des grands alpages verdoyants encore mauves sous la pâle lumière de d'aube, on pénètre dans les immenses forêts de résineux dont la cime rejoint les cieux. Les falaises se font abruptes, les pins de plus en plus rares, et on arrive sur le gracier. C'en est ensuite fini de la végétation, on évolue alors dans un monde minéral où tout n'est que roc et que glace.

Magnifique travail d'illustration au crayon de couleur, qui rend superbement les teintes de la montagne. Le graphisme opte pour un style fantaisiste, presque surréaliste (on est parfois pas loin des paysages étranges d'Yves Tanguy), qui recrée à merveille le relief vertigineux et l'atmosphère glacée de la haute montagne, son âpreté, et aussi son incroyable pureté. Quel travail d'illustration !

Le récit n'est jamais trop bavard, et a le bon goût de s'effacer parfois derrière la grandeur des paysages. La voix narrative nous réserve même une petite surprise.

Un album très réussi  : une variation libre, poétique et très inspirée de l'ascension du Mont Blanc.

 

A découvrir ici :

"L'ascension de Saussure" de Pierre Zenzius

 

 

L'ascension de Saussure, Pierre Zenzius

Le Rouergue, 2017 .

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17 avril 2018

L'encyclopédie des mamies

l'encyclopedie des mamies

 

On a beau tous avoir connu une mamie, on a beau en rencontrer presque tous les jours aussi, au fond, on ne sait rien  -- ou si peu-- sur les mamies. Quel âge ont les mamies ? D'où viennent-elles ? Comment faire sourire une mamie ? Y-a-t-il des mamies dans les potimarrons ?

Après avoir dévoilé les Secrets de l'école, c'est sur le même mode espiègle et décalé qu' Eric Veillé décrypte le monde mystérieux des mamies. Avec toute la malice et l'imagination débridée qu'on lui connaît, il nous brosse un tableau épatant des mamies sous leurs formes les plus diverses et variées : mamies des villes, mamies des champs, mamies en combinaison de ski ou mamies des marais salants.

En catalogue, en détail et en gros, en dessins, en dictons, en vrac, cette encyclopédie délirante est en réalité un recueil de miscellanées sur les grand-mères. Parfois très juste et bien observé, toujours drôlatique, L'Encyclopédie des mamies est un album gentiment irrévérencieux mais ne boude pas la tendresse et une forme de poésie. Côté illustration, une palette sobre de couleurs vitaminées, un trait net et plein de malice. On en pince pour ses mamies et leurs drôles de manies.

 

encyclopédie des mamies dictons

L'encyclopédie des mamies, Eric Veillé

Actes Sud Junior

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