23 novembre 2017

Qu'est ce qu'on fait ?

 

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Grâce aux judicieux conseils de Sesyle Joslin et Maurice Sendak, vous savez enfin quoi dire en toute circonstance. Quoi qu'il arrive, vous avez la formule adaptée, la tournure appropriée pour conclure toute conversation avec panache et élégance.

Joignez les actes à la parole grâce au second volume : Qu'est ce qu'on fait ?

Initialement publié en 1961, trois ans après Qu'est ce qu'on dit ?, Qu'est ce qu'on fait ? reprend le principe du premier volume et ses ingrédients : politesse irréprochable, humour décalé et imagination débordante, pour nous livrer un album encore plus délirant.

Le décalage calculé entre l'extravagance des situations et la bienséance des préceptes est tout simplement hilarant. Sesyle et Sendak semblent pousser le bouchon un peu plus loin chaque fois dans l'absurde, et on se bidonne. Quel bonheur que les illustrations de Sendak, que ses irrésistibles personnages aux bobines si expressives dans la perplexité, la malice ou l'impassibilité feinte ! On touche ici au génie, c'est indéniable. L'imaginaire enfantin est ici déployé dans toute son exubérance : il semble ne pas y avoir de péripétie improbable ou d'aventure périlleuse que l'esprit chenapan et facétieux des auteurs n'ait pas envisagé.

Une mention particulière pour la traductrice, qui se sort honorablement d'une tâche bien délicate. Si l'humour des auteurs trouve son expression si naturellement en anglais, la traduction française n'est pas aisée. A commencer par le titre : What do you say, dear ? et ce “dear” à la fois affectueux et distingué qui n'implique ni la même distance, ni la même fluidité en français, et qui d'emblée contraint à une sexualisation (chéri/chérie ou mon cher/ma chère). Raisonnable choix de l'avoir gommé dans le titre, donc, même si ce dernier perd le côté explicitement éducatif du titre original. Ardu travail de traduction, qui semble proportionnellement difficile à la brièveté du texte : plus ce dernier est succint, avec de courtes répliques qui sont mouche et sonnent bien, plus il semble délicat de rendre à la fois sa musique et son contenu. Beau travail !

Je récapitule : texte ciselé, illustrations génialissimes et traduction aux petits oignons : C'est un petit joyau que MeMo nous fait le cadeau d'éditer, et ce serait bien dommage de vous en priver.

 

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Qu'est ce qu'on fait ?, Sesyle Joslin et Maurice Sendak, traduit par Françoise Morvan

Editions MeMo, 2017

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22 novembre 2017

Qu'est ce qu'on dit ?

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Il n'y a guère de besogne plus ingrate que celle d'élever un enfant, quant à essayer de lui inculquer les bonnes manières, on s'accordera pour convenir qu'il s'agit là d'une tâche extrêmement ardue.

D'ailleurs, souvenez-vous, les experts le disent :

« A peine plus haut que trois pommes, l'enfant possède déjà tous les travers des hommes. (…) Bavards, gourmands, capricieux, froussards, fainéants, paresseux, à vrai dire, s'ils ne faisaient pas d'excellents ragoûts, les enfants ne serviraient à rien du tout. »1

Mais pardonnez-moi cette digression. Le petit manuel dont je vais vous parler ici se fixe la difficile ambition d'enseigner à votre turbulente progéniture ainsi qu'à vous-même (il n'est jamais trop tard) quelques rudiments de savoir-vivre. Mieux que cela, il se propose de “servir de guide dans la conduite quotidienne pour la vie en société.

Pas née de la dernière pluie, Sesyle Joslin avait rédigé non sans malice ces quelques précieux conseils à l'attention des jeunes personnes en 1958, avec la complicité de Maurice Sendak, grand spécialiste des garnements et diplômé en polissonnerie. C'était intitulé What do you say, dear ?

Voici ce précieux manuel traduit par Françoise Morvan et édité en français chez MeMo, dans l'excellente collection “Les trésors de Sendak”.

Il vous sera bien utile dans diverses occasions où, faute d'une solide éducation, la tournure appropriée peut parfois venir à manquer. Vous y trouverez la formule de politesse adaptée en toute circonstance.

Ainsi, votre aéroplane troue malencontreusement le toit de chez la comtesse chez qui vous étiez invité à prendre le thé ? Des excuses bien tournées vous permettront de vous faire pardonner.

Bill Bec de pioche tout droit sorti d'un canyon poussiéreux, et armé d'un revolver en veut à votre personne ? Ne perdez rien de votre flegme grâce à une gracieuse pirouette.

Un orchestre d'ours menace de ruiner votre fête en dévorant tout le monde ? Sachez prendre congé avec élégance pour vous en sortir la tête haute.

Quel régal que ce florilège de sages conseils, agrémenté des illustrations géniales de Maurice Sendak !

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Et comme une bonne nouvele n'arrive jamais seule, MéMo publie également un deuxième volume du même facétieux duo, mais patience, je vous en reparle demain !

 

Qu'est ce qu'on dit ?, Sesyle Joslin et Maurice Sendak, traduit par Françoise Morvan.

MeMo, 2017. Collection Les Trésors de Sendak.

 

1 Bertrand Santini, Le Yark. Grasset Jeunesse, 2011

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15 novembre 2017

La course en livre

La course en livre

 

Le papoose : “Oooooh ! Maman, c'est un nouveau livre de Claude Ponti ?”

Le mini papoose : “Wouaouh ! Comme il est gros ! Il est beau... j'adore les poussins. Tu peux nous le lire ?”

Le papoose (qui sait très bien lire): “Oui, tu peux nous le lire, maman ?”

 

Je commence à lire.

 

Le papoose (amusée) : “Haha ! Oui, ça se voit que c'est Claude Ponti qui l'a écrit, ce livre !

Le mini papoose : ... (silence attentif)

 

Je continue la lecture

 

Le papoose : Hahahahahaha !!!

Le mini papoose : (sourire entendu)

 

Je continue la lecture

 

Le mini papoose : “Haha ! Je commence à comprendre...”

 

Je continue la lecture

 

Les deux papooses (hilares): Hahahahahaha !!!

 

Je continue la lecture

 

Les deux papooses (écroulées de rire, ont perdu tout contrôle) : HahaHAHAHA !!! WHOUARFWHOUARF!!!!!! HahaHAHAHA !!!

 

La course en livre fait 108 double-pages. Dans la catégorie album jeunesse, c'est plus que respectable. Il tient agréablement dans les mains comme un petit pavé, et en plus, la tranche est rouge. Joyeusement, fièrement, magnifiquement rouge. La course en livre est un de ces objets qu'on adore tripoter, dont on se délecte de tourner et retourner les pages, un livre- jouet avec plusieurs entrées, plusieurs sorties (dont une de secours, si c'est pas bien pensé, ça, n'est ce pas ?!)

108 pages, (2 et 106, c'est pareil que 107 et 1), de poussins en folie. 108 pages en courant, ça pourrait être fatigant, mais avec les bosses, les tunnels, les tremplins, ça donne de l'élan et on ne voit vraiment pas passer le temps. On peut même faire dodo à un moment.

On peut même s'arrêter faire ce qu'on a à faire si on est pressé (cf.pages 95/13 : Perte de contrôle des papooses).

 

Voilà encore un drôle d'objet littéraire non identifié que signe Claude Ponti. On connait sa fantaisie, la façon dont ses dessins aiment déborder des pages, jouer avec le format, la façon dons son écriture étire, malaxe et fait tournicoter les mots. Et pourtant il y a une inventivité sans cesse renouvellée : ici, la ponctuation s'impose, comme un texte à part entière. On y trouve même du langage sms (!) et de l'alphabet grec (!!!), nouvelles trouvailles qui tombent à pic !

 

Mais pour vraiment apprécier La course en livre, Hop demi tour, il faut prendre le départ soi-même !

 

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La course en livre, Claude Ponti

L'école des loisirs, 2017.

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08 novembre 2017

Miss Pook et les enfants de la lune

Miss Pook

 

On ne se méfie jamais assez des gouvernantes anglaises. Sous leur chapeau piqué de fleurs, leurs bonnes manières et leur moralité impeccable, elles cachent trop souvent de sombres secrets et des projets inavouables. Monsieur et Madame Dubenpré auraient quand même pu s'en douter lorsqu'ils ont embauché Miss Pook. La gastro-entérite foudroyante qui faucha les 7 autres candidates au poste le jour même de l'entretien aurait du leur mettre la puce à l'oreille. Mais ce pauvre Monsieur Dubenpré étant aussi perspicace que visionnaire (et je vous renvoie à son éloge de l'automobile, ce progrès inouï pour l'humanité et la qualité de l'air, un passage tout simplement délicieux), il n'y vit que du feu. Et sa chère Élise, presque 10 ans (l'âge où la chair des enfants devient la plus goûtue) s'envole dans la lune.

Des péripéties qui attendent Élise sur la lune et sa face sombre, des secrets terribles qui lui seront révélés, je ne vous dirai rien, pour ne pas vous ôter l'immense plaisir plaisir de les lire par vous même.

Sachez simplement qui vous allez vibrer, rire et trembler. Que cette histoire pourrait être tout à fait cauchemardesque si on n'entendait pas Bertand Santini se marrer derrière sa plume, nous invitant régulièrement à faire de même après un épisode qui nous glace d'effroi… ou même en plein milieu, le bougre !

Miss Pook et les enfants de la lune fait partie de ses livres dont on attend beaucoup, dés la couverture. Il faut dire qu'elle est tout simplement parfaite : Un auteur bourré de talent, un titre poétique et mystérieux, et surtout, surtout, cette remarquable illustration de Laurent Gapaillard, promesse d'un univers enchanteur, merveilleux et inquiétant.

La barre est mise haut d'emblée, et le récit, je vous le dis, est à la hauteur. L'ambiance délicieusement surannée du Paris de 1907, les travaux de peinture de la tour Eiffel, l'avènement de l'automobile, les maisons bourgeoises de la rue Saint Antoine, on entre avec délice dans ce Paris du début de siècle. On glisse, sans résistance, dans le merveilleux lorsqu'on est ensuite entraîné par magie sur la lune et sa face sombre, dans des péripéties haletantes, où l'on retient son souffle et où rien n'est attendu.

C'est un roman épatant, qui ouvre les portes d'un univers dense, peuplé de personnages de caractère, pleins d'épaisseur. A commencer par Miss Pook, tantôt bienveillante, tantôt terrifiante, si puissante et pourtant vulnérable. Dans toute la noirceur de cette histoire, l'humour est là, toujours, au coin d'une page, au détour d'un dialogue. Comme dans Le Yark, Bertrand Santini manie l'art du frisson, l'emphase et la dérision dans une verve virtuose. C'est virevoltant et plein d'esprit, drôle et grinçant. En cerise sur le gâteau, un rebondissement tout à fait inattendu dans l'ultime chapitre, qui vous laissera, à l'instar des "Mordrols" (oui, il faut lire l'histoire) « babas comme deux ronds de flan » (je ne m'en explique pas tout à fait les raisons exactes, mais l'utilisation, avec panache, de cette expression me mets en joie !)

 

… Et la bonne nouvelle, que le Golgome blanc* ne prend pas la peine de nous annoncer, c'est que quand par malheur on arrive à la dernière page, elle ne signale que la fin de l'épisode 1 ! Il va juste falloir réussir à patienter jusqu'à la suite…

 

* Il faut lire l'histoire, je vous le redis !

 

Miss Pook et les enfants de la lune, Bertrand Santini

Grasset Jeunesse. 2017.

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31 octobre 2017

Mon problème d'hippopotame

mon probleme d hippopotame

 

Il s'appelle Grégoire, et il a un problème.

C'est un problème un peu particulier qu'il nous confie dans cet album, sur le ton d'une confidence : un problème d'hippopotame. Toi lecteur, c'est sûr, tu ne connais rien de tel. Mais tu écoutes Grégoire avec attention. Et tu finis par comprendre clairement de quoi il en retourne. Et peut être que toi aussi, finalement, tu as un problème un peu semblable… ?

L'hippopotame de Grégoire prend de la place, il est un peu maladroit, un peu décevant parfois, et complique certaines choses dans la vie. Mais s'il suffisait de l'apprivoiser un peu, de lui laisser de l'espace, de l'accepter tel qu'il est ?

Mon problème d'hippopotame nous invite à regarder les choses différemment, sous une autre perspective. A regarder chaque être dans son individualité et sa singularité, avec attention et sans jugement. A l'image de l'approche de Grégoire avec ses parents :

« Je suis patient (…) Ils finiront par comprendre. Je respecte leur rythme. »

Dans ce récit introspectif très imagé, le texte et l'image donnent aussi suffisamment d'espace au lecteur pour préserver une certaine liberté d'interprétation, au gré de la résonance personnelle que chacun pourra y trouver.

C'est aux nouvelles éditions Dyozol, à découvrir ici.

 

Mon problème d'hippopotame , Matthieu Agnus

Dyozol, 2017

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17 octobre 2017

Questions idiotes

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Oh le petit délice, le savoureux petit album de derrière les fagots, le petit trésor oublié de 1984, que l'école des loisirs nous fait le grand plaisir de rééditer !

Philippe Corentin qu'on ne présente plus n'en est pas à son coup d'essai. Dans la tradition un peu “cartooniste” des catalogues rigolos publiés à l'époque chez Rivages, de Papa m'a dit à La maîtresse n'aime pas en passant par Nom d'un Chien, Philippe Corentin et Alain Le Saux s'en sont donnés à coeur joie. Quand les crayons mettent le doigt -enfin, la mine- sur les absurdités, les bizarreries, les incohérences du langage...

Le texte est ici des plus simples : des questions communes, quotidiennes, presque rhétoriques, qu'on pose sans réfléchir. Et dont l'illustration qui les englobe (les questions apparaissent dans des bulles) fait ressortir toute l'absurdité. Pour un effet tout à fait cocasse, irrévérencieux voire franchement hilarant !

Remarquable travail d'illustration, qui fait mouche à chaque fois, et j'admire cette facilité qu'ont certains auteurs à basculer d'un coup du familier dans l'extraordinaire, de la façon la plus naturelle du monde. Corentin s'offre quelques escapades du quotidien des plus réjouissantes, avec brio et facilité.

Remarquable travail d'édition, également, car l'album semble trouver toute sa cohérence sous ce nouveau titre qui met en lien chaque vignette tout en créant l'air de rien la distance propice au comique. Sobriété et génie pur.

Sitôt fermé, on en redemande !

 

Questions idiotes, Philippe Corentin

L'école des loisirs. 2017.

 

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10 octobre 2017

Les courges de Sophie vont à l'école

 

les courges de sophie

 

On avait adoré Sophie et sa courge, cette histoire d'amitié touchante et décalée, entre une petite fille et sa courge butternut nommée Bernice. C'est le cycle de la nature et des saisons qui avait fini par faire entendre raison à Sophie, et à la consoler à la fin de l'été avec Bonnie et Béa, rejetonnes de la défunte (mais éternelle) Bernice (vous suivez?)

 

Dans ce nouvel album, c'est la rentrée pour Sophie (et ses courges), et ce n'est pas la joie.

Il y a des enfants partout, ces êtres criants et bondissants dont ses parents pensent naïvement qu'elle pourrait s'en faire des amis. Or, pour Sophie, il n'en n'est pas question, bien évidemment.

A l'école, la vie est dure, le lait à la cantine a un drôle de goût, et les autres enfants paraissent bien menaçants pour les deux meilleures amies de Sophie (des cucurbitacées, si vous avez suivi). Et puis ce Steven, qui s'obstine à la suivre et à attirer son attention, c'est pénible à la fin.

 

Les courges de Sophie vont à l'école, c'est le difficile apprentissage de la rencontre avec l'autre. Pat Zietlow Miller et Anne Wilsdorf narrent cette aventure périlleuse en dialogues truculents et dessins malicieux, en saisissant à la fois toute la gravité de l'enjeu de cette étape, à hauteur d'enfant, et le savoureux comique des situations, avec la légère distance qu'impose le livre aux lecteurs.

La narration est riche, sensible, a recours aux dialogues et au discours indirect libre, permettant un aller-retour constant entre le lecteur et la subjectivité des personnages. Les adultes sont touchants : bienveillants mais complètement maladroits, désespérément à côté quand il s'agit de saisir les enjeux cruciaux qui se jouent dans une cour d'école.

Très beau travail d'illustration aussi, avec des personnages aux bouilles irrésistibles, expressifs et toujours en mouvement, et une très belle palette de couleurs.

les courges ill

 

Si vous avez manqué Sophie et sa Courge : ici

 

Les courges de Sophie vont à l'école, Pat Zietlow Miller et Anne Wilsdorf

kaléidoscope, 2017.

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06 septembre 2017

Les optimistes meurent en premier

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Ne vous laissez pas décourager par le mauvais présage de ce titre, « Les optimistes meurent en premier », c'est le mantra que se répète Pétula, pessimiste pratiquante, dans le but de se conforter dans ses diverses angoisses et de justifier les précautions délirantes qu'elle multiplie quotidiennement pour éviter le pire.

Sauf que le pire est déjà arrivé, le drame tragique qui a fait voler son monde en éclat et brisé sa famille, celui qu'elle ne se pardonnera jamais.

Depuis, elle se lave les mains des dizaines de fois par jour assez longtemps pour chanter « Joyeux anniversaire » deux fois, elle a arrêté la couture et toutes les activités présentant des risques potentiels, et fait des détours pas possibles pour éviter la moindre zone « à risque ».

Susin Nielsen, avec la tendresse particulière qu'elle porte aux personnages un peu fêlés (dans tous les sens du terme), prête sa voix narrative à Pétula, 16 ans. Nous, lecteurs, on boit son récit d'un trait, sensibles à sa souffrance et à son humour. On plonge avec elle dans son monde, chez elle avec ses parents attachants et bringuebalants, qui essaient tant bien que mal de l'entourer de leur amour, ou aux ateliers art-psy au lycée, aka « le club des tarés », où elles et quelques autres ados cassés sont censés se reconstruire par l'expression artistique. Sauf que Betty, l'animatrice, « une jeune qui s'habille comme une vieille », s'obstine à proposer à des lycéens des activités d'école maternelle. C'est pourtant à Art-psy que Pétula  croise pour la première fois « l'Homme bionique ». ET celui là a l'air bien décidé à rentrer de force dans son petit univers et à bousculer ses manies.

Mais « l'Homme bionique » a aussi un passé, qui ressurgit au risque de tout gâcher…

Sauf que le dernier roman de Susin Nielsen n'entend pas laisser le passé, aussi lourd et terrible qu'il soit, avoir le dernier mot sur les joies du présent et les promesses du futur. C'est une histoire pleine de vie, où il est question de rencontres, d'empathie, de reconstruction et de pardon. Une histoire encore une fois grandeur nature, qui tisse des joies, des peines, des désastres qui blessent mais dont on apprend à revivre. Un récit peuplé de personnages secondaires drôles, touchants et complexes, et de aussi de chats baptisés en hommage à la littérature jeunesse.

Un roman plein d'optimisme, où la question n'est pas de mourir mais bien de vivre.

 

Les optimistes meurent en premier, Susin Nielsen

hélium, 2017.

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25 août 2017

Björn et le vaste monde

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Björn, c'est un ours né sous le crayon de Delphine Perret. Ses petites aventures quotidiennes dans la forêt nous avaient enchantées l'année dernière, et son succès avait largement dépassé notre bibliothèque. Björn a séduit bien des lecteurs, est devenu une superstar à Montreuil et a raflé les prix les plus prestigieux. Quant aux ragots de ceux qui prétendent l'avoir vu ivre, arrosé de champagne qui coulait à flots, je n'en crois pas un mot, c'est pas son style, à Björn.

La preuve, le revoilà , un poil plus maigre après son hibernation, mais fidèle à lui même. Ses amis le lièvre, la pie, le blaireau et le renard sont toujours là aussi, de même que Ramona qui l'invite même un jour à s 'aventurer loin de la forêt, dans le vaste monde.

Au fil des six petites histoires, on retrouve les petites découvertes et les joies simples de la forêt, qui se vivent au jour le jour.

 

« Il y aura moins de cerises cette été.

Mais pour l'instant, ce n'est pas important »

 

Car la joie des retrouvailles au printemps vaut bien de danser comme des fous sous une pluie de fleurs de cerisiers.

La grande richesse de Björn réside dans sa simplicité: épure du trait et sobriété du texte. Pas de superflu, on recherche la justesse, et ce jusque dans la mise en page.

Et c'est de cette simplicité qu'émerge cette grâce, cette délicatesse toute particulière. Dans ce retour un peu contemplatif à la nature, cette curiosité et cette joie des petites choses.

Et puis cette candeur pleine de bon sens, cette philosophie si juste de la vie, remarquablement transcrite par un texte des plus savoureux. Je ne résiste pas à vous en régaler d'un extrait :

 

« Le soir, parfois, quand il fait bon, on se raconte quelques histoires dans la forêt.

 

Ce soir, le renard parle de ce que font les humains en été.

Ils partent manger en dehors de chez eux sur une couverture. Ils appellent ça des pique-niques.

Le blaireau ne comprend pas trop, mais trouve que les sandwiches, c'est une très bonne idée.

On décide que ce serait bien de faire un pique-nique, le lendemain.

 

Le problème, c'est de trouver où.

Un pique-nique, c'est en dehors de chez soi.

Ici, dans la forêt, on est chez-soi partout. »

 

Filez-donc vous procurer Björn et le vaste monde au plus vite, c'est du supplément de vacances, du bonheur simple sur papier.

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Björn et le vaste monde, Delphine Perret

Les fourmis rouges. 2017.

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18 juin 2017

L'enfant racine

l'enfant racine

 

Les fleurs font l'objet– et pas seulement dans la littérature jeunesse-- de nombreuses représentations. Dans les albums, on voit aussi de très beaux arbres. Mais des racines, beaucoup moins. Pour tout dire, presque jamais. Pourtant, que seraient les arbres et les fleurs, sans leurs racines ? Et nous, que serions nous ?

Cette histoire est celle d'un enfant racine. Mais d'abord, celle d'une forêt immense et profonde qui ne figure sur aucune carte.

Dans certains villages, on raconte que le bout du monde se trouve juste derrière cette forêt.

Dans cette forêt, vit Leslie, qui depuis trois nuit est à la poursuite du renard qui dévore ses poules. Vous êtes bien chez Kitty Crowther, à la lisière entre le merveilleux et le pragmatique, entre l'intemporel et l'anecdotique.

En poursuivant le renard, Leslie, sans le savoir, pénètre dans un monde qui est celui des fées. En découvrant l'enfant racine, ce petit être qui sanglote, elle ne s'étonne pas de son apparence inquiétante, ni du fait qu'il parle la même langue qu'elle, elle le prend délicatement dans ses bras et le recueille. L'enfant racine n'est pas de tout repos. Leslie non plus, n'est pas toujours de bonne humeur. Les deux êtres doivent s'apprivoiser, ça demande des efforts.

Chez Kitty Crowther, les personnages évoluent avec naturel dans des mondes étranges, parmi des créatures magiques ou monstrueuses. Et si le récit se déroule avec une certaine simplicité, les choses ne sont jamais simplistes. Les rapports humains sont complexes, les sentiments parfois contradictoires. Comme dans la vie.

Il y a aussi des détails qui pourraient paraitre insignifiants et qui dans la narration revêtent la même importance que les événements essentiels.

Et puis il y a l'univers graphique de Kitty Crowther, unique, étrange. L'ombre et le noir, dans ses dessins, occupent une place primordiale, naturelle, et pourtant assez rare dans les albums jeunesse.

L'histoire de l'amitié entre Leslie et l'enfant racine combine la rupture et la continuité. Le symbolisme est fort, mais ouvert, polysémique, et une partie de son mystère reste inexpliquée.

C'est une histoire qui éclaire et nourrit, sans livrer tous ses secrets. Elle est émouvante et magnifique.

Kitty-Crowther-Lenfant

 

 A lire aussi, de Kitty Crowther : Scritch scratch dip clapote et le sublime Mère Méduse.

 

L'enfant racine, Kitty Crowther

L'école des loisirs, 2003.

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