07 février 2013

Babar

Je dois l'avouer, j'avais à l'encontre de Babar les mêmes vagues réticences qu'envers Barbapapa, à savoir un certain agacement devant les multiples rééditions et le côté hypermarketé. Babar par ci, Babar par là, Babar un peu partout. J'ai néanmoins bien le sentiment qu'on a ici un monument de la littérature jeunesse, dont la longévité force le respect, et que bien avant de s'exhiber sur des sacs à dos ou des pyjamas, l'éléphant octagénaire figure sur des livres très grands formats avec des reliures de toile et des pages noircies d'une écriture cursive telle qu'on en trouvait sur les cahiers d'antan. Ca peut aussi intimider un peu.  Pour ma part, j'ai en tête une illustration de Babar qui m'a fascinée enfant et qui est restée imprimée dans mon subconscient au même titre que l'incroyable dessinde la planète aux baobabs dans Le Petit Prince de St Exupéry.

Antoine-de-Saint-Exupéry-les-baobabs-et-le-petit-Prince-baomix-baobab-pulpe-de-fruit(aucun rapport, n'est-ce pas ? mais on a tous des images de livres qui nous restent gravées, celle-ci en fait définitivement partie pour moi)

Cette fameuse image dans Babar qui m'a tant marquée se trouve dans Babar et le Père Noël. Il s'agit de la double page avec le dessin en coupe de la maison du Père Noël. Ca peut paraître étrange, car il ne s'agit vraiment pas du dessin le plus fin de Brunhoff, dont on trouve dans les albums nombre d'illustrations d'une qualité graphique bien plus remarquable. Mais le coeur a ses raisons que la raison ignore, et la vue de ce dessin là, qui était resté gravé dans un coin de ma mémoire, me procure encore à ce jour une sensation délicieuse et indescriptible, comme l'une des images dont s'est nourri mon imaginaire. Babar et le Père Noël est d'ailleurs mon seul souvenir de lecture d'enfance des aventures du petit éléphant devenu roi, je ne crois en avoir lu aucun autre à l'époque, et ce n'est que bien plus tard en faisant du baby-sitting que j'ai redécouvert Babar (sans y retrouver quoi que ce soit d'aussi grisant que cette fameuse illustration à vrai dire). C'est vrai que j'ai un faible pour les dessins de maisons en coupe, et une passion avérée pour la neige, ce qui fait deux bonnes raisons pour moi d'aimer celui-là... la magie d'une cité secrète et organisée (aux ordres du Père Noël en plus) sous la neige : il y a tout de même là de quoi vendre du rêve à des générations d'enfants.

babar maisonperenoel

 

Devant l'enthousiasme de mes enfants pour le personnage, je me devais de replonger dans Babar à la bibliothèque. Et il faut quand même le dire, ces très grands albums en beau papier épais et jauni sur lequel s'étalent les aquarelles de Jean, puis Laurent de Brunhoff sont une vraie expérience sensorielle de lecture, un plaisir de lire à l'état pur. Les dessins à l'encre et à l'aquarelle sont somptueux.

On peut ajouter que l'histoire derrière l'histoire est belle : une maman racontait à ses trois petits garçons l'histoire d'un petit éléphant ayant s'enfuyant vers la ville après avoir perdu sa maman. Devant l'engouement de ses enfants, le papa qui était artiste peintre, Jean de Brunhoff, en fit un livre : L'Histoire de Babar, le Petit Elephant, paru la première fois en 1931. Six ans plus tard, il meurt d'une tuberculose foudroyante, après avoir publié 5 histoires de Babar de son vivant, et écrit deux autres, publiées à titre posthume, dont Babar et le Père Noël. L'aîné de ses fils, Laurent, prend sa suite avec Babar et ce coquin d'Arthur, publié en 1946, et continue à ce jour d'écrire et d'illustrer les aventures de du roi des éléphants et de sa famille (la liste est longue).

Sur la forme c'est donc vraiment d'une grande qualité. Que dire du fond ? Ce serait un faux procès que de dire que c'est désuet et rétrograde, évidemment, ça date des années 30. Alors oui, on trouve dans Babar , et notamment le premier, une certaine idéologie colonialiste et ethnocentriste qui fait pas mal tiquer aujourd'hui.  En plus Céleste, l'épouse de Babar, est aussi sa cousine germaine, ce qui peut aussi faire un peu grincer des dents mais enfin. Pour ce qui est des histoires elles-mêmes, ce sont des récits d'aventure souvent initiatiques, avec une quête, suivie d'une découverte qui enrichit le retour au bercail, bref, un modèle classique et pas déplaisant. (même si je les trouve personnellement un peu longuettes... et peuvent me faire hurler quand le papoose qui retarde éhontément l'heure du coucher débarque avec un Babar interminable comme "dernière histoire" avant d'aller au lit) . Certaines sont accessibles dés 3 ans, mais le public visé est plus 4-8 ans je pense, même si les plus petits peuvent profiter des belles illustrations beaucoup plus tôt.

Jean-de-Brunhoff-aquarelle-originale-pour-Histoire-de-Babar-le-petit-éléphantr-p

une aquarelle de Jean de Brunhoff pour la route...

 

Babar et le Père Noël, Jean de Brunhoff

Hachette, 1941

Posté par indienagawika à 15:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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