18 juin 2013

Dernière nuit avec John Irving

Clap, scène 1 : une scierie dans les bois froids du New Hamphire. Les rondins énormes glissent sur la rivière. Un jeune bûcheron glisse dans l'eau et disparaît sous les troncs mouvants. Le bras tendu vers lui de Ketchum, bûcheron chevronné, se fait broyer par deux rondins se percutant. Le cuisinier de la scierie et son fils de 12 ans voient la scène d'un peu plus loin. C'est cette même rivière, transportant les troncs de la même scierie, qui a avalé l'épouse du cuisinier et maman du jeune garçon des années auparavant.

John Irving n'économise pas les cadavres. Cette mort dont le cuisinier et son fils sont témoins non seulement les ramène à cette perte initiale, mais sera suivie de plusieurs autres, tout au long du roman, plus tragiques et invraisemblables les unes que les autres.

Une des nuits suivant la disparition du jeune bûcheron, le fils du cuisinier commet l'irréparable : prenant la femme du shérif du patelin pour un ours, il la tue, précipitant son destin et celui de son père : le reste de leur vie sera une fuite sans fin, pour échapper à la vengeance du shérif alcoolique et violent.

De Boston à Toronto en passant par l'Iowa et le Vermont, Irving nous entraine derrière ses personnages au gré de leur rencontres et des événements qui vont marquer leurs vie, sous l'oeil bienveillant et la langue bien pendue de Ketchum, leur ami et protecteur, le bûcheron solitaire et libertaire des bois du New Hampshire. L'argot du bûcheron et sa gouaille truculente colorent ce roman dense et vivant. Sur trois générations d'hommes, on croise des personnages hauts en couleurs et débordant d'humanité. Tour à tour tendre et dur, oscillant sans cesse entre le comique et le tragique, Irving signe une saga presque épique, riche de mille histoires aussi burlesques et cruelles que peut l'être la vie et confirme son immense talent. Remarquablement bien construit et bien écrit, son récit reprend des thèmes qui lui sont chers : la perte, la filiation, l'amitié, et se penche sur le processus d'écriture. A la fin, l'écrivain a trouvé la première phrase de son roman, l'histoire peut (re)commencer, la boucle et bouclée. (Et le lecteur mordu ne peut s'empêcher de retourner lire le premier chapitre !)

Mieux vaut avoir quelques semaines devant vous si vous avez d'autres occupations que la lecture dans vos journées, mais les 658 pages se dévorent avec un plaisir immense.

 

last night

Last Night in Twisted River, John Irving

Dernière nuit à Twisted River, John Irving

Posté par indienagawika à 22:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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