16 novembre 2013

Les trois petits loups et le grand méchant cochon

Vous l'avez remarqué, les grands méchants loups ne sont plus en odeur de sainteté dans la littérature jeunesse de notre époque. Comme le poète l'avait fait avant eux, ils ont troqués leurs dents de loups pour des quenottes. En témoignent par exemple cette variation sur les trois petits cochons, avec au casting un loup attendrissant comme tout, pas méchant pour deux sous.

« Il était une fois, trois petits loups tout doux et câlins comme tout » commence cette histoire. (regardez les illustrations, vous ne résisterez pas à leurs bouilles et la douceur de leur pelage). Prévoyants, ils construisirent ensemble leur première maison en brique. Mais le grand méchant cochon, qui ne s'appelait pas comme ça pour des prunes, la détruisit à la massue. Les trois petits loups s'embarquèrent alors dans des constructions de plus en plus solides (et aussi de plus en plus laides, comme ne manqueront pas de le remarquer les petits lecteurs), à tel point que l'avant dernière fut un vrai bunker ! Mais c'est le cercle vicieux : plus les maisons étaient résistantes, plus le méchant cochon s'y attaquait avec violence, et ce fut un miracle quand les trois petits loups échappèrent vivants de l'explosion à la dynamite.

La dernière maison fut en fleurs... et quand le méchant cochon prit son inspiration pour souffler dessus, le délicieux parfum l'envahit... et fit déborder son coeur de tendresse. Ils devinrent amis, les petits loups l'invitèrent à demeurer avec eux, et « ils vécurent ensemble heureux toute leur vie ».

Dans cette version pleine d'humour et de tendresse, la beauté adoucit les moeurs, et ce pauvre cochon méchant ne demandait en fait qu'un peu de douceur et de parfum de fleurs pour devenir gentil ! L'auteur alterne tendresse et ironie. La surenchère des maisons blindées avec des fils barbelés à l'entrée ne dupe personne et si on en sourit, personne ne doute que ce n'est pas là la bonne voie. Le texte est riche, humoristique, et les formules bien trouvées.

« Non, non, et non, dirent les trois petits loups,

Par les poils de notre barbiche, barbichette et barbichou,

tu n'entrera pas chez nous, pas pour toutes les feuilles de thé de notre plus belle théière de Chine »

C'est un plaisir que de le lire à voix haute, gage d'un conte réussi !  Le tout est agrémenté des délicieuses illustrations d'Helen Oxenbury, toujours très douces et truffées aussi de détails rigolos (aaah, la couverture en référence à la photo des ouvriers de New York de John Ebbets, ou encore la maman loup du début qui se vernit les griffes !).

Même si les rôles sont inversés et la fin humaniste, la structure du conte original est tout à fait respectée : répétition des situations et du texte, avec une intensité grandissante, et résolution finale.

 

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Une version  tendre, originale et très classique à la fois. Encore un loup et des cochons demain dans le Tiroir, et rendez-vous lundi à l'ombre du grand arbre, pour une semaine consacrée aux contes !

 

les trois petits loups et le grand méchant cochon

The three little wolves and the big bad pig, Helen Oxenbury

 

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Lunch atop a skyscraper, John Ebbets

 

Les Trois Petits Loups et le Grand Méchant Cochon, Eugène Trivizas et Helen Oxenbury

Bayard éditions, 1993

Posté par indienagawika à 15:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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