04 janvier 2015

Tant que nous sommes vivants

TQNSV

 

Au début, il y a l'usine, et les ouvriers. Le vacarme et la chaleur infernale des machines. On pourrait être chez Zola. On pourrait être demain, dans un futur très proche et très sombre.

 

« Une époque nouvelle commença. Un temps sans panache ni projet, où plus personne (pas même le vieux Melkior) ne devinait l'avenir.

Nous attendions quelque chose, mais nous ne savions pas quoi.

Ceux qui travaillaient encore se levaient chaque matin encore plus fatigués que la veille, et s'endormaient chaque soir sans révolte. Telles des bêtes engourdies par le froid, nous retenions notre souffle et les battements de notre coeurs : nous ne vivions plus qu'à moitié.  

Au milieu du renoncement général, certains eurent pourtant l'audace de tomber amoureux et de s'aimer. 

Bô et Hama furent de ceux-là»

 

Il y a l'étincelle qui fait jaillir la lumière au milieu des ténèbres.

Il y a le bruit et le silence. L'ombre et la lumière. Le connu et l'inconnu. Des antagonisme qui structurent les chapitres, Anne-Laure Bondoux tisse le récit des humains et de la vie. Dans cette vie au rythme infernal qui s'approche plus de la survie, les ouvriers ne trouvent de salut qu'au Castor-blagueur, le cabaret clandestin tenu par Titine Grosses-Pattes, dernier havre de chaleur humaine, de liberté et de poésie dans ce monde métallique ou les hommes sont réduits à l'état de machines.

Un jour, l'usine explose. C'est le chaos. Hama perd ses mains, broyées par des machines. De rage et de douleur, elle se mure dans le silence. Alors que son corps se meurt, une nouvelle vie palpite en elle...

Bo, rongé de culpabilité (il aurait du être à l'usine à la place de sa bien aimée au moment de l'explosion) oeuvre en silence sur une sculpture en forme de déclaration d'amour. Des ruines calcinées de l'usine détruite, des plaques de métal ramassées ici et là, il construit quelque chose de beau. Il soude, scie, assemble, transforme le métal en dentelle, et réalise un époustouflant théâtre d'ombres...

L'ombre et la lumière...

Puis, Bo et Hama, ceux qui s'aiment, prennent la fuite pour échapper à la violence et à l'obscurantisme. C'est au cours de leur échappée, sur des chemins désolés, qu'Hama va donner naissance à leur fille Tsell, qui deviendra la voix narrative pour raconter la suite leur histoire, et puis la sienne.

Entre temps, Bo et Hama réapprennent à vivre, entourés d'une mystérieuse et bienveillante petite communauté troglodyte nommés comme des numéros. Cette deuxième partie du livre confine au merveilleux, et j'ai eu beaucoup de plaisir à faire la connaissance de ces petits êtres pleins de sagesse et de bonté, résignés à leur fin inéluctable et pourtant si positifs.

D'une écriture envoûtante, Anne-Laure Bondoux crée des décors inoubliables et insuffle la vie à ses personnages, tous très attachants. Dans un univers d'abord métallique, puis minéral, ils s'agitent, aux prises avec la vie : l'amour, la guerre, les blessures, la vie encore, la mort. Entre poésie et philosophie, Tant que nous somme vivants est un conte atemporel et universel, qui fait réfléchir et battre le coeur.

 

Retrouvez l'avis de mes copinautes et notre discussion dans la lecture commune A l'Ombre du Grand Arbre.

 

 

Tant que nous sommes vivants, Anne-Laure Bondoux.

Gallimard, 2014.

 

Posté par indienagawika à 08:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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