21 août 2015

La langue des bêtes

la langue des bêtes

Dans la forêt, entre des carcasses de voitures rouillées, se tient encore un vieux chapiteau crevé, vidé de ses paillettes, ses trapèzes et ses flonflons, qui abrite une étrange communauté, une drôle de famille, vivant à l'écart du monde. La Père aux mains énormes comme un ogre, Belle, la femme qu'il aime, Petite, leur enfant. Et puis Colodi, Major Tom et Pipo, vieux saltimbanques désenchantés qui nourrissent la Petite d'histoires. Un Lion qui n'a plus ses dents. On appelle ce lieu le Puits aux anges. Une famille en marge, un peu déroutante, un peu bringuebalante. Des êtres abîmés, étoiles déchues qui ne trouvent plus leur place dans le monde d'aujourd'hui.

Il y a aussi les bêtes de la forêt, dont les hommes ont oublié la langue, qui fuient par nuées à l'approche d'un danger imminent, inéluctable. Une autoroute qui avance et avale la forêt, menaçant les habitants du Puits aux Anges.

De l'autre côté, le village, et la ville. Un autre monde, celui de la normalité, qui les rejette, et dont les habitants du Puits aux Anges méprisent en retour la vanité et la vacuité.

Des liens se nouent et se dénouent, par les jeux d'enfants, par l'amour qui surgit dans le coeur d'un professeur.

Et Petite, qui observe, qui comprend, qui vit, qui ressent et qui construit de la vie avec des choses mortes. Qui grandit.

 

Nourrie de mythes, attachée à la force primitive des êtres, la plume ensorcelante de Stéphane Servant nous livre un roman crépusculaire, aux confins du merveilleux, d'une beauté sombre et douloureuse.

Je voudrais vous en dire plus sur ce roman, qui touche bien des questions de l'existence, qui m'a remuée, profondément. Mais je crois qu'il faut l'aborder vierge de toute attente, simplement s'y plonger. Il est noir, dérangeant, terrifiant parfois. Et sous sa noirceur, il y a une certaine lumière, celle de la vie.

J'ai été touchée par de nombreux passages d'une grande beauté, comme celui de la naissance :

« Peu lui importaient les cris, les éclairs, l'odeur écoeurante des animaux frappés par la foudre, la douleur, ses os en morceaux. Peu lui importait l'autre homme, ce fantôme qui était venu la chercher et qui avait maintenant disparu. Il n'y avait plus que la peau de l'enfant contre sa peau. L'impression d'être au centre de l'univers, d'être l'univers. Le sentiment d'avoir enfin trouvé sa place dans le monde. Elle se souvient avoir pensé « La vie s'est allumé en moi, comme un feu minuscule, et je serai à jamais responsable de ce feu. » »

Je ne vous en dis pas plus, et vous laisse vous y plonger...

 

Retrouvez l'avis de Pépita, de Bob et Jean-Michel et de La Soupe de l'espace.

 

 

La langue des bêtes, Stéphane Servant

Le Rouergue, 2015

Posté par indienagawika à 07:43 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur La langue des bêtes

    oui, on a du mal à trouver les mots tant la richesse de ce roman est infinie !

    Posté par pépita, 21 août 2015 à 10:32 | | Répondre
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