25 septembre 2015

Bluebird

bluebird

 

Elle est magnifique, cette couverture. Je peine à détacher mes yeux du bleu insolent de ce ciel, de la robe sans doute un peu sale baignée de lumière de la petite fille qui avance sur la route en dansant. C'est le Sud des Etats-Unis, sa lumière unique et sa moiteur étouffante. Le Sud, « cet enfer où on volait la vie des hommes pour les changer en bêtes ». Le Delta du Mississipi, d'où s'élèvent comme un chant « La voix de ces hommes et de ces femmes, qu'on disait libres et qui travaillaient pourtant comme des chiens, là où leurs ancêtres avaient déjà creusé leurs tombes en raclant contre la terre les chaînes qui leur rongeaient les pieds. »

C'est ici que commence Bluebird.

A la mort de sa jeune épouse, le père de Minnie promet à sa fille que plus jamais elle ne cueillera de fleur de coton. Il brûle sa salopette, et guitare sous le bras, sa fille à ses côtés, il s'en va arpenter les routes du Sud en jouant du blues. Les notes belles et désespérées des bleus de l'âme. Un incident les reconduit malgré eux pour quelques temps sur une plantation, un séjour qui changera le cour de leur vie.

C'est l'histoire d'un rêve de petite fille, celui de chanter sur une scène et d'enregistrer un disque. C'est aussi l'histoire d'une rencontre et d'un premier amour adolescent, qui ignore les barrières imposées par la société ségrégationniste. C'est l'histoire improbable de métayers qui s'insurgent et résistent et réinventent une autre vie ensemble. C'est aussi l'histoire d'un jeune indien arraché à sa tribu pour échapper à l'armée, et d'une famille d'immigrés Irlandais. Bluebird, c'est toutes ces histoires à la fois, un hymne à l'humanité et son aspiration à se libérer.

En filigrane, la musique, toujours. Le blues comme un pansement sur toutes ces voix blessées. On entend les notes de guitare, de piano et d'harmonica, plusieurs titres d'époque sont fredonnés ici et là. On peut d'ailleurs les écouter .

On est dans l'Amérique des lois Jim Crows et du Ku Klux Klan. L'horreur est bien là, palpable, réelle, tout le long de l'histoire, mais c'est pourtant un roman ensoleillé, parfois humoristique et surtout profondément humain qui jaillit de la plume fluide de Tristan Koëgel et qui vous emporte dans un souffle romanesque et émancipateur.

 

 

Bluebird, Tristan Koëgel

Didier Jeunesse, 2015

Posté par indienagawika à 13:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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