01 mai 2016

Jan

Jan

 

A peine passé l'étonnement des premières lignes et de la prose un peu cabossée, on reste accroché au récit de Jan, embarqué à 100 à l'heure, et incapable de décrocher. C'est fort comme un récit d'enfance, poignant, comme si les mots de Jan nous faisaient rentrer dans sa peau, ressentir les bobos de la vie avec plus de conscience.

Jan, c'est Janis, une ado bouillonnante, qui se cogne à la vie et rend les coups, écorche un peu la syntaxe et nous livre un récit vibrant. Comme tous les ados, sa vie va et vient entre deux mondes, celui du collège et des copains, et celui de sa famille à la maison. Pour Jan, ce n'est pas tout rose, ni d'un côté, ni de l'autre. Mais ce n'est pas tout noir non plus. Au collège, il y a les mauvaises notes, les problèmes de discipline, et les mots à faire signer (de préférence au daron quand il est bourré et ne s'en souviendra pas le lendemain). Mais il y a aussi ses potes, et M. Boisseau, le prof de français qui croit en ses « immenses progrès » et qui leur montre ce film, qui la touche et résonne en elle : Les 400 coups. Claudine Desmarteau approfondit le procédé qu'elle avait déjà exploré dans Troubles, en faisant raconter un film à son personnage. Cette fois, plus qu'une parenthèse, le film devient un fil rouge dans le récit de Jan. C'est une fête de revoir le film de Truffaut à travers les yeux de Jan. On replonge aussi dans ce sentiment si fort, particulièrement aigu à l'adolescence, de la découverte d'une œuvre qui nous touche et nous bouleverse, comme si elle avait été écrite pour nous.

Les frustrations d'Antoine Doisnel ne sont pas de même nature que celles de Jan, et pourtant, elle les vit pleinement, les comprends au plus profond d'elle même. Chez Jan, c'est pas la fête. La famille vivote, au gré des chutes et rechutes du père de Jan, alcoolique au chomâge, pendant que sa mère se débat avec les dettes et le désespoir. On est bouleversé par le regard étonnant de lucidité et de maturité de Jan, qui explique la situation à sa façon, dans sa langue personnelle imagée, foisonnante et libérée des règles de grammaire et de l'exactitude lexicale.

« C'était un sale recommandé d'accusé comme ma mère s'en redoutait. Un courrier de la société du Général qui interdit bancaire à mon père, comme ça en trois lignes, c'est décidé qu'il n'a plus le droit de payer rien »

Toutes ces histoires, ça lui met la haine, à Jan, et pourtant, son amour infini pour son frère Arthur, pour ses parents, y compris son père qui déconne, transparait tout au long du roman. C'est cet amour qui apporte une autre dimension à son récit, une douloureuse tendresse, un supplément d'âme à son cri de rage.

Et puis un jour, il y a la rechute de trop, la crise familiale qui déborde et qui fait tout dérailler. Mais ça, je laisse le soin à Jan de vous le raconter, mieux que personne, dans sa prose énergique et vibrante, et vous entrainer dans ses 400 coups à elle, avec son frérot et un complice improvisé.

Pour ma part, je ne suis pas près d'oublier les personnages de ce roman magnifique et bouleversant.

 

 

Jan, Claudine Desmarteau.

Thierry Magnier. 2016.

Posté par indienagawika à 14:29 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Jan

    Très bel article ! J'ai eu beaucoup de mal à écrire ce que j'avais ressenti en lisant Jan, et tu le dis bien : "C'est une fête de revoir le film de Truffaut à travers les yeux de Jan. On replonge aussi dans ce sentiment si fort, particulièrement aigu à l'adolescence, de la découverte d'une œuvre qui nous touche et nous bouleverse, comme si elle avait été écrite pour nous." Je n'avais pas réussi à mettre les mots sur cette sensation mais je pense que c'est cela et sa langue pleine de néologismes enfantins qui m'ont touchées.

    Posté par Blandine, 10 mai 2016 à 10:16 | | Répondre
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