L'Odyssée d'une mère souris
C'est évidemment avec le zèle de la nouvelle convertie que je m'empresse de vous parler de notre dernière lecture de Ponti : Pétronille et ses 120 Petits. Elle confirme donc que papoose n°1 est fascinée par ces histoires aux rebondissements multiples et inattendus, peuplées de créatures farfelues. L'histoire est dense, surréaliste (on se demande quand même parfois si Ponti n'est pas sous l'emprise de quelque substance hallucinogène... je me permets quand même de remarquer au passage qu'on voit pas mal de champignons), mais cela ne semble nullement ébranler l'attention et le sérieux avec lequel elle écoute l'histoire.
Un matin, Pétronille, après avoir donné le biberon à ses 120 petits, part faire quelques courses. Mais sur le chemin du retour, un monstre pas finaud "qui mélange toujours tout" la prend pour une souris verte, et c'est là que les ennuis commencent. Il faudra à Pétronille braver tous les dangers, affronter des situations rocambolesques, consoler un dolmen triste comme un menhir, sécher les larmes d'une madeleine et bravement secourir ses petits des griffes de l'horrible sagoinfre pour que la petite famille soit enfin réunie et la paix retrouvée.
Le papoose en a réclamé la lecture plusieurs fois par jour toute cette semaine, suspendue aux péripéties de Pétronille d'un air grave, éclatant de rire immanquablement lors des mêmes passages : le biberon aux 120 tétines, la madeleine inconsolable, le sagoinfre pétrifié en éclair de pierre au chocolat.
Mon âme de mère y a vu un hymne à la maternité, avec cette Pétronille qui élève ses 120 petits qu'elle aime comme les 120 pétales d'une fleur dont elle est le cœur. Et quand vraiment elle se trouve en difficulté, c'est "la maman de toutes les mamans" (quelle invention extraordinaire... et qui tombe sous le sens !) qui vient lui prêter main forte.
Ponti mêle les clins d'oeil à l'univers de l'enfance (comme les comptines mises en image) au surréalisme tel que défini par Breton comme « automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer soit par écrit, soit par tout autre moyen le fonctionnement réel de la pensée »1
La narration, comme les dessins, fonctionnent par association d'idées, truffées de clins d'oeil. Les illustrations, à la fois en rupture et en continuité échappent aux codes classiques. Des expressions de la langue sont poétiquement imagées, telles le rideau de pluie que Pétronille écarte pour aller voir de l'autre côté. On voit aussi apparaître les fameux poussins, et aussi Adèle, dans sa forêt bibliothèque (savoureux concept !)
N'allez pas croire que je suis venue à bout de toutes mes premières réticences sur Ponti. Je n'aime toujours pas ses créatures bizarres qui semblent sortir tout droit d'un rêve inquiétant, et globalement je n'adore pas les dessins de ses personnages. Même l'adorable Pétronille est assez laide d'ailleurs. Et pourtant, l'esthétique de ses illustrations est ailleurs, et ses histoires ont la magie des rêves, justement. Peut être parce qu'elles nous confrontent à nos propres peurs, mais toujours avec un grain de folie et une surprenante inventivité. C'est prenant, rigolo, dramatique, poétique, et incroyablement riche et plein de surprises.
(cliquez pour agrandir les images !)
Pétronille et ses 120 petits, Claude Ponti
L'école des loisirs
1 Manifestes du Surréalisme, André Breton





