19 novembre 2018

Le fleuve

Le fleuve

 

Chouette ! Il est arrivé en même temps que le beaujolais, et c'est toujours une fête de déguster le Ponti nouveau !

Après l'iconoclaste et génialissime La Course en Livre qui bousculait et jouait avec la forme livre et les codes de lecture, il revient ici à une forme d'album plus classique dans sa facture. Ne vous méprenez pas : on reste sur des standards Pontiesques, où le « classique » n'exclut ni l'exotisme ni l'inventivité.

Il y a un petit parfum d'Orient dans les décors et les appellations, et dès la première page on est frappé par la quiétude et la beauté de ce nouvel univers : un village flottant sur le fleuve Ongoh, petites maisons-bateaux sur l'onde bleue, entourées de montagnes majestueuses. Nous sommes chez les Oolong, un peuple réputé sur tout le fleuve pour la qualité de sa nourriture, savamment cueillie, triée et préparée.

Chez les Oolong, les grand-parents peuvent, après leur mort, choisir de renaître dans le corps d'un de leurs petits-enfants. Quand la grand-mère déclare un jour à sa famille qu'elle a eu une vie belle et bien remplie de fille Oolong, et qu'elle désirait renaître dans le corps d'un garçon, c'est le plus naturellement du monde que la communauté familiale l'accompagne dans son souhait, dans sa mort sur sa barque vers le fleuve de la renaissance. Et quand un enfant-fille vient au monde, on se dit que ce n'est pas grave, on pourra toujours en faire un garçon. Ainsi nait et grandit Louz-Nour, au prénom aussi lumineux que son destin. Ailleurs et autre part, chez des Dong-Ding, un autre peuple du fleuve, c'est un bébé garçon qui nait, et qu'on décide d'élever comme une fille.

Ensuite, les péripéties sont nombreuses et abracadabrantes, il y a un monstre énormidable et monstrifique à affronter, des paysages stupéfiants et une (double) aventure initiatique. Comme souvent dans l'oeuvre de Ponti, il y a dans chaque histoire de nombreux fils à tirer, et libre à chaque lecteur de s'attarder sur ceux qui le touchent et résonnent le plus. Il y aurait à dire sur cet écosystème séculaire et harmonieux des peuples du fleuve.

On apprécie la belle construction du récit en miroir, qui vient mettre en valeur l'intrigue et la rencontre enrichissante et apaisante entre Louz-Nour et Rouh-Dang, le garçon qui était une fille et la fille qui était un garçon. C'est avec grâce et légèreté que ces deux là se rejoignent et se comprennent, dans une de ces rencontres essentielles où l'autre nous révèle qui on est, et qui on veut être (à moins que ce ne soit l'inverse).

 

Le Fleuve, Claude Ponti. L'école des loisirs. 2018.

Posté par indienagawika à 07:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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